Bulletin n° 42 - Juin 2007 - Prairial an 215
lundi 18 juin 2007
Deuxième partie
Notre première partie portait sur le cursus et les résultats scolaires de Maximilien Robespierre. Nous avons vu que le redoublement en Rhétorique concerne les meilleurs élèves. Cependant, il reste du choix des élèves, et les élèves les plus doués ne décident pas tous de faire deux années dans cette classe. Nous allons voir, dans cette seconde partie, quel était le contenu de cet enseignement rhétorique qui parut suffisamment important à Robespierre pour qu’il veuille en approfondir la connaissance et la pratique. Puis nous nous intéresserons à la personnalité de son enseignant, qui ne fut pas étrangère à son choix de redoubler. Nous finirons par des informations sur la vie quotidienne à Louis-le-Grand et sur l’organisation matérielle du concours général à l’époque de Maximilien Robespierre. L’enseignement en Rhétorique Le cours de Rhétorique peut être considéré comme l’ancêtre de notre enseignement de Lettres. L’un et l’autre ont le même objet : la littérature, celle qu’envisage la Rhétorique ayant un sens plus large puisqu’elle englobe non seulement la poésie et l’éloquence, mais aussi des historiens de l’Antiquité (Tite-Live, Salluste, Tacite) et certains textes philosophiques (Platon, Sénèque). Cependant, les différences entre la Rhétorique et l’actuelle discipline littéraire sont extrêmement marquées. La principale tient à ce que l’enseignement rhétorique a comme finalité la composition en français et en latin. Si les régents expliquent et commentent les grands auteurs, ce n’est pas à des fins de connaissance de l’histoire littéraire, mais pour qu’ils servent de modèles : les élèves doivent s’inspirer des idées et du style des meilleures œuvres du passé pour, à leur tour, rédiger des compositions qui puissent être jugées dignes d’elles. Le trait majeur de l’enseignement rhétorique est ainsi sa visée strictement pratique : il s’agit d’apprendre à écrire, et non d’acquérir une « science de la littérature » qui prendrait la forme de dissertations et de commentaires. Cette écriture ayant besoin d’être enseignée est, comme on s’en doute, fort peu spontanée. Elle fait parade de ses figures et de sa prose rythmée, multiplie les références historiques et les citations pompeuses et, chaque fois que l’occasion s’en présente, se fait volontiers pathétique. La pratique de cette écriture complexe doit être maîtrisée à la fin de l’année de Rhétorique. Charles Rollin, qui fut régent dans cette classe, a pu écrire que l’apprentissage rhétorique constitue la « partie des études la plus difficile, la plus importante, et qui est comme le but de toutes les autres ». Aussi l’enseignement de la rhétorique commence-t-il dès avant la classe portant ce nom. Dans les classes dites de « grammaire » (sixième, cinquième, quatrième et troisième), les élèves apprennent à parler et à écrire un français et un latin corrects, condition nécessaire de toute bonne composition. Cet apprentissage se fait à partir de textes qui leur sont soit expliqués, soit donnés à traduire. Selon Rollin, les élèves des petites classes « font un amas et une provision des termes et des manières de parler de la langue dans laquelle ils entreprennent d’écrire ; en sorte que, lorsqu’il s’agira d’exprimer quelque pensée et de la revêtir de termes convenables, ils trouvent dans leur mémoire, comme dans un riche trésor, toutes les expressions dont ils auront besoin ». Ce travail de mémorisation des œuvres classiques se poursuit en seconde, avec la classe d’« Humanités » plus particulièrement consacrée à la poésie (explications de textes poétiques, étude de la métrique grecque et latine) et aux règles des différents genres littéraires. Durant l’année de Rhétorique, les élèves doivent se perfectionner en latin et en grec, améliorer leur connaissance de l’histoire profane et religieuse, et acquérir des notions de géographie. Mais ces matières sont surtout envisagées comme les connaissances requises pour écrire des compositions de qualité. Le concours général reflète bien cette subordination à la rhétorique : au XVIIIe siècle, les épreuves de ce concours (discours, traductions, vers latins) sont strictement littéraires, et il fallut attendre le siècle suivant pour que soit fondé, par exemple, un prix d’histoire nationale. L’enseignement rhétorique proprement dit comprend les « préceptes » (les règles à connaître) accompagnés d’exemples ; la lecture et l’explication des auteurs ; l’entraînement à la composition. Les grandes lignes de cet enseignement sont donc connues et concernent l’ensemble des collèges. Par contre, nous ne pouvons savoir exactement ce qu’apprit Robespierre, car chaque régent rédigeait son propre cours en s’aidant des principaux ouvrages de rhétorique : notamment ceux d’Aristote, de Quintilien, de Cicéron et du Pseudo-Longin pour l’Antiquité, et ceux de Charles Rollin et de Jean-Baptiste Crevier pour l’époque moderne. Les cahiers de cours conservés montrent que les régents se contentent fréquemment de recopier l’auteur faisant autorité sur le point dont ils traitent. Considérons successivement les parties de l’enseignement rhétorique : les préceptes que dictent les régents forment un vaste appareil de catégories qui sont à peu près les mêmes dans tous les collèges ; par contre, définitions, explications et exemples diffèrent d’un cours à l’autre. Ces catégories fort nombreuses se divisent en « parties » du discours, c’est-à-dire le plan à suivre (exorde, narration, confirmation, réfutation, péroraison) ; genres oratoires (épidictique, délibératif, judiciaire) ; lieux (modes d’argumentation généraux) propres à chaque genre ; autres types de preuves ; passions et mœurs ; les trois styles (simple, médiocre, élevé) ; types de phrase ; les figures. L’oral n’est pas oublié, et un certain nombre de préceptes concernent la prononciation. il est difficile de dire quels sont les auteurs les plus souvent expliqués et donnés en exemples. Pour l’éloquence antique, ce sont certainement Démosthène et Cicéron. Pour les orateurs sacrés, on peut avancer les noms de Bossuet, Fléchier, Mascaron, Fénelon et Massillon. En poésie, Homère, Virgile, Horace, Boileau et Jean-Baptiste Rousseau sont souvent cités. Parmi les prosateurs latins, Cicéron, Salluste, Tite-Live, Tacite et saint Augustin paraissent avoir été fréquemment étudiés. les exercices de composition latine et française donnés aux élèves sont également assez mal connus. L’apprentissage de la composition paraît ne se faire que tardivement, peut-être seulement en seconde, et de façon graduée. Les élèves apprennent d’abord à rédiger des fables, puis ils s’essaient à des narrations plus complexes, comme des parallèles entre des grands hommes du passé. Parce qu’elle est jugée particulièrement difficile, la composition de textes oratoires est réservée aux élèves aguerris de Rhétorique. Charles Rollin donne un exemple d’apprentissage progressif de la composition française. Le régent dicte la matière : « Eloge de la clémence de César envers Marcellus qui l’avait insulté par le passé », et l’accompagne d’une consigne : la clémence de César sera comparée à ses victoires militaires. Aux élèves les moins avancés, il donne de surcroît les arguments (un général n’a pas seul le mérite d’une victoire, tandis que la clémence que César a montrée lui est personnelle ; il est moins difficile de vaincre ses ennemis que de surmonter ses passions), le plan à adopter ainsi que des conseils (il faut faire attention à ne pas blesser l’orgueil d’un conquérant en diminuant l’éclat des victoires), si bien que la matière, comme l’écrit Rollin, « ne demande presque plus que d’être étendue et ornée ». Une fois que les élèves ont composé, le régent leur lit en correction le texte qu’un auteur illustre a rédigé sur le même sujet : dans l’exemple qui nous occupe, un extrait du Pro Marcello de Cicéron. Les exercices écrits en Rhétorique : l’exemple du concours général Nous avons eu la chance de retrouver quelques-uns des sujets donnés aux élèves de Rhétorique passant le concours général au XVIIIe siècle. Ils permettent d’apporter des précisions aux indications de Charles Rollin sur la composition française. En effet, le nombre et la difficulté des épreuves du concours général en Rhétorique (discours français, discours latin, vers latins, version latine, version grecque) donnent à penser que les régents des collèges parisiens entraînaient leurs élèves à ces seuls exercices écrits. L’épreuve de discours français ressemble d’assez près à la composition que Rollin donne en exemple. En 1757, le sujet de discours français du concours général est « Un sénateur exhorte Pompée à défendre Cicéron contre Clodius » ; en 1763, « Un évêque défend Athanase accusé de magie et de meurtre » ; en 1777, « Un évêque du Concile de Nicée remercie Constantin de la protection qu’il accorde à l’Eglise ». Ces sujets imposants décourageraient certainement les meilleurs élèves de nos actuelles Premières. Mais les sujets donnés au concours à partir de 1805, qui nous sont bien mieux connus, incitent très fortement à considérer que les intitulés n’étaient pas présentés tels quels : c’est en effet tout le schéma de la composition, appelé « argument », qui était fourni aux élèves pour qu’ils s’en inspirent. On prendra comme exemple le sujet de 1816, « Dion exilé fait nommer un empereur ». Cette année-là, la copie qui remporta le premier prix était celle de Jules Michelet, alors élève au lycée Charlemagne. L’argument et la composition de Michelet sont facilement accessibles car le Larousse du XIXe siècle les transcrit intégralement dans son article « Concours général ». Nous reproduisons ici seulement un extrait de l’argument et le passage correspondant dans la composition de Michelet, qui représente un peu moins de la moitié de sa copie : EXTRAIT DE L’ARGUMENT DU CONCOURS GENERAL Tout à coup Dion jette les haillons qui le couvrent, s’élance sur un autel, et de là, s’adressant aux soldats, il se fait connaître, leur peint avec énergie les crimes de Domitien, la situation de l’empire, qui a besoin d’une main sage et pacifique qui répare ses longs désordres, apaise les troubles qui le déchirent et le soutienne contre les barbares prêts à l’envahir. Il prouve que Nerva est ce prince nécessaire au salut de l’empire et au bonheur du monde, et dans une péroraison véhémente il les exhorte à le reconnaître. TEXTE DE JULES MICHELET Mais un homme couvert de haillons se présente à la porte du camp : il perce la foule étonnée, et, jetant tout à coup les lambeaux qui le couvrent, il s’élance sur l’autel de Rome qu’on avait élevé au milieu du camp. A la noblesse de ses traits, à la majesté de sa taille, à son attitude impérieuse, les soldats allaient le prendre pour Romulus ; il commande le silence : « Je suis Dion, s’écrie-t-il ; peut-être connaissez-vous mes malheurs ; je suis né en Asie, mais mon cœur est romain. Je viens vous parler pour votre patrie ; braves guerriers, croyez les paroles d’un homme qu’on a proscrit pour n’avoir jamais flatté. Vous marchez contre votre patrie, ô Romains ; vous allez la punir de la mort de Domitien ; je ne vous reproche pas de vouloir venger votre empereur ; je loue votre reconnaissance : trop redoutables pour être opprimés, vous ne l’avez connu que par des bienfaits. Vous n’avez pas vu Rome inondée de sang, et les mers couvertes d’exilés ; vous n’avez pas vu Carus Métius accuser les enfants de pleurer leurs pères ; vous n’avez pas vu traîner à la mort Rusticus, Sénécion, et le vertueux Helvidius ; vous n’avez pas vu votre ancien général, Agricola, expier sa gloire et la vôtre par une mort prématurée. Romains, les dieux ont vengé Rome, vous êtes libres ; mais les blessures de la patrie sont encore saignantes ; voulez-vous la replonger dans les convulsions de l’anarchie ? C’est elle, Romains, c’est elle qui, de cet autel, vous crie par ma bouche : O mes enfants, vous qui me sacrifiez des victimes, pourquoi me déchirez-vous le sein ? C’est donc en vain que j’ai vaincu le monde, si je ne puis me reposer après huit siècles de combats ! Belliqueux enfants de Mars, fermez enfin le temple de Janus, réunissez-vous sous un chef pacifique qui me fasse oublier Domitien, qui ne craigne pas le mérite et la gloire, qui encourage la vertu. Alors, puisqu’il vous faut des combats et des triomphes, vous tournerez contre les Daces et les Perses des armes invincibles par la concorde ; vous expierez vos guerres sacrilèges à force de vaincre les barbares, et vous étendrez jusqu’aux bornes du monde les frontières de l’empire éternel !… Romains, cet homme que vous demande la patrie est parmi vous ; il cache dans la médiocrité les vertus qui feront le bonheur des peuples, s’il se dévoue à l’empire. Lui seul est digne de ramener dans Rome la vertu et les dieux. Romains, vous allez décider du sort du monde : cet homme, ce sage digne du trône, c’est Nerva !... » La copie de Michelet est tout à fait représentative du type de composition primé au concours général. Elle montre que le discours français est conçu comme un exercice d’expansion et de « mise en éloquence » car il s’agit de rédiger un texte vigoureux et pathétique à partir d’un argument bref au style terne. Le travail demandé aux candidats est essentiellement stylistique, et la part de l’invention est limitée aux points secondaires. Pour autant, la compétence exigée n’est pas uniquement formelle et l’érudition un peu voyante de la copie de Michelet a été goûtée par le jury. L’épreuve de discours latins obéit aux mêmes principes que celle de discours français : un texte de forme oratoire doit être rédigé en latin à partir d’un sujet et d’un « argument », ou texte d’appui, eux-mêmes en latin. Historiquement, l’exercice de discours latin est d’ailleurs antérieur au discours français apparu seulement au XVIIIe siècle. Les sujets de discours latins ressemblent de très près à ceux de discours français. Par exemple, le sujet de 1780 était (nous traduisons) « Discours tenu par Pompée pour dissuader la populace furieuse de supplicier des pirates ». Les sujets montrent que l’exercice n’est pas conçu comme une épreuve de culture latine. Ils peuvent en effet porter sur des sujets postérieurs de plusieurs siècles à la chute de l’Empire romain : en 1781, il fut demandé aux élèves de composer le discours de Guillaume le Conquérant avant la bataille d’Hastings. Il semble donc que le discours latin soit, comme le discours français, avant tout un exercice de rhétorique par lequel les candidats manifestent leur capacité à rédiger un discours dans une « belle langue », pour cette épreuve la langue latine. L’épreuve de vers latins ne doit pas non plus être considérée comme un concours où les élèves rivaliseraient d’inspiration poétique, au sens que nous donnons habituellement à ce mot. Un sujet est donné mais, là encore, il n’est pas attendu des candidats qu’ils laissent courir leur imagination car ils doivent composer leurs vers en suivant de près un texte en prose latine aussi long que leur adaptation versifiée. Cette épreuve est l’aboutissement d’un exercice qu’ils ont commencé à apprendre en seconde : refaire des vers à partir de la prose en modifiant l’ordre des mots afin de se conformer aux exigences de la métrique latine. Pour que cette prose « retournée » mérite le nom de vers latins, ils ajoutent des ornements poétiques (synonymes et paraphrases poétiques, métaphores) en s’aidant d’ouvrages appelés Gradus qui les répertorient. La valeur des copies ne dépend pas de leur originalité. Elles seront même d’autant plus appréciées que les candidats auront su y incorporer des réminiscences des poètes latins. Les compositions sont, en moyenne, d’une trentaine ou d’une quarantaine de vers. Les sujets proposés sont très variés : en 1765, « L’Heureuse médiocrité » ; en 1781, « Mort du chevalier d’Assas » ; en 1782, « Mort du capitaine Cook » ; en 1788, « La Chasse de la Perdrix ». Mais un sujet nous intéresse tout particulièrement : celui de 1775, sur lequel plancha Maximilien Robespierre lorsqu’il remporta son deuxième prix de vers latins. Le thème du concours général de cette année lui convenait en effet tout spécialement, car il s’agissait d’un « Eloge de la Justice ». Les sujets des versions du concours général du XVIIIe siècle n’ont pas été retrouvés. Mais la lecture des versions récompensées au siècle suivant montre que la version est beaucoup moins un exercice mobilisant une connaissance fine du latin, qu’une forme de composition française. Les copies de lauréats ayant obtenu sur un même sujet le premier prix de version latine de Rhétorique (l’un dans la catégorie des « vétérans » et l’autre dans celle des « nouveaux ») présentent des différences extrêmement importantes. Une interrogation oratoire pourra être rendue par une phrase affirmative dans une copie, et par deux interrogations dans une autre. Des épithètes pourront être soit ajoutées, soit remplacées (par exemple, par une hyperbole) afin de rendre plus frappant un développement. Les candidats ont même toute latitude d’ajouter des métaphores, s’ils jugent que celles-ci amélioreront leur traduction. On voit que, comme pour les épreuves de discours français, de discours latin et de vers latins, c’est avant tout la beauté du texte final qui est jugée. Cette conception très libre de la version correspond d’ailleurs au goût du temps pour ces traductions élégantes mais éloignées du texte d’origine que l’on a appelées les « belles infidèles ». On connaît les jugements très négatifs que les contemporains ont porté sur l’enseignement des collèges et sur l’apprentissage rhétorique. Le plus célèbre est celui de l’article « Collège » de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, qui décrit les exercices de rhétorique en ces termes : « En Rhétorique on apprend d’abord à étendre une pensée, à circonduire & allonger des périodes, & peu-à-peu l’on en vient enfin à des discours en forme, toûjours ou presque toûjours, en langue latine. On donne à ces discours le nom d’amplifications ; nom très-convenable en effet, puisqu’ils consistent pour l’ordinaire à noyer dans deux feuilles de verbiage, ce qu’on pourroit & ce qu’on devroit dire en deux lignes ». Certes, notre rapide examen des épreuves du concours général le prouve, l’apprentissage rhétorique de l’art d’écrire est essentiellement formaliste et artificiel. Cependant, il n’y a aucun doute que les exercices de rhétorique aient donné aux élèves une grande facilité à écrire. Les orateurs de la Révolution doivent à cet enseignement l’aisance, la fougue et la capacité à saisir rapidement la grandeur ou le pathétique d’un sujet qui font encore notre admiration. Louis-Pierre Hérivaux, professeur de Rhétorique de Robespierre Louis-Pierre Hérivaux, qui fut pendant deux ans le professeur de Rhétorique de Maximilien Robespierre (1774-1775 et 1775-1776), joua un rôle important dans sa formation intellectuelle. Il est très probable que son enseignement ait marqué d’autres révolutionnaires, parmi lesquels il faut compter Camille Desmoulins qui, sous sa direction, remporta en 1778 un sixième accessit de discours français au concours général. Hérivaux fut régent de Rhétorique à Louis-le-Grand pendant dix-sept ans, du 1er octobre 1767 au 1er octobre 1784. Il ne semble pas avoir enseigné dans d’autres établissements avant Louis-le-Grand et, à la différence de la plupart de ses collègues, n’était pas un religieux. Quand Robespierre l’eut comme professeur, il avait enseigné sept ans en Rhétorique et devait parfaitement maîtriser sa matière. De 1764 à 1794, le collège eut huit enseignants appelés régents : un de Physique, un de Logique, un de Rhétorique, et un pour chaque classe de la septième à la seconde (l’enseignant de septième n’avait pas le titre de professeur). Contrairement à de nombreux collèges de province où les professeurs progressent de classe en classe avec leurs élèves, les régents de Louis-le-Grand et des autres établissements de l’Université de Paris sont attachés à une classe particulière. Selon les contemporains, cette organisation fondée sur une plus forte spécialisation des professeurs assurait un meilleur niveau d’enseignement. Les régents de Louis-le-Grand voyaient leurs élèves deux fois par jour, le matin et l’après-midi, et leur enseignaient la totalité du programme correspondant à leur classe. Du temps des Jésuites, la Rhétorique faisait exception avec deux régents dont l’un enseignait l’éloquence le matin, et l’autre la poésie l’après-midi. Mais à l’époque où Hérivaux travailla à Louis-le-Grand, il était le seul professeur chargé de la Rhétorique : quelqu’aient été ses goûts, il dut enseigner tant la prose que la poésie. Les grands dictionnaires biographiques étant muets sur Louis-Pierre Hérivaux, nous sommes obligés de nous appuyer sur les informations suspectes de l’abbé Proyart. Celui-ci insiste sur l’influence de Louis-Pierre Hérivaux sur Robespierre ; il écrit : « Aucun de ses Maîtres ne contribua autant à développer le virus républicain qui fermentait déjà dans son ame, que son Professeur de Rhétorique. Admirateur enthousiaste des Héros de l’ancienne Rome, M. Hérivaux que ses Disciples, en plaisantant, surnommaient le Romain, trouvoit aussi au caractere de Robespierre une sorte de physionomie romaine. Il le louangeoit, le cajoloit sans cesse, quelquefois même le félicitoit très-sérieusement sur cette précieuse similitude (…). Cette affection particuliere du Maître disposa merveilleusement le disciple à profiter plus long-tems de ses leçons, et à faire sous lui deux années de Rhétorique ». Ce texte malveillant est de surcroît fort imprécis, et ne nous apprend pas grand-chose sur Louis-Pierre Hérivaux. Heureusement, une note apporte quelques compléments : « M. Hérivaux, que nous avons beaucoup connu, est une des Victimes de la Révolution françoise, dans l’ordre Moral, que nous regrettions le plus. C’étoit un homme d’une physionomie noble et prévenante, très-érudit et s’énonçant avec grace et dignité, quelquefois peut-être sur un ton un peu trop magistral. Ses principes de Morale comme de Politique étoient si purs que l’Abbé Royou l’avoit associé pendant un tems à ses travaux littéraires (…). Quoiqu’il ne fût que laïc, on lui avait vu pratiquer exemplairement les Vertus chrétiennes jusqu’à l’époque de la Révolution. Alors ses idées républicaines lui renverserent la tête au point que ses Amis ne le reconnurent plus, et que ses propres Enfans furent obligés de fuir devant sa manie démagogique. Abandonné de ce qu’il avoit autrefois de plus cher, il se consoloit dans l’espoir que son Disciple Robespierre feroit incessamment renaître en France les jours de l’ancienne Rome, et surtout ce précieux systeme d’égalité, qui le justifieroit pleinement du reproche que lui faisoit l’orgueilleuse délicatesse de nos mœurs, d’avoir, après la mort de sa femme, épousé une autre femme, vertueuse à la vérité, mais sa Servante ». Que peut-on extraire de ce témoignage diffus et involontairement bouffon ? Finalement, assez peu. Hérivaux, qui touchait encore sa pension de retraité en octobre 1793, paraît être décédé lorsqu’en 1795 Proyart l’évoque : tel est en effet le sens le plus probable de l’imparfait dans la phrase qui commence par « C’étoit un homme d’une physionomie noble et prévenante… ». L’abbé Proyart dresse de lui un portrait avantageux (un visage aux traits nobles, une élocution distinguée et imposante, une grande culture et une moralité irréprochable) qui fait douter que son surnom « le Romain » ait été seulement une forme de plaisanterie. Ce surnom fut probablement tout autant, sinon davantage, une marque de respect. Les « travaux littéraires » auxquels l’abbé Royou fit collaborer Hérivaux est l’Année littéraire, journal hostile aux philosophes fondé par son beau-frère Élie Fréron, et qu’il dirigea à partir de 1776. C’est certainement à Louis-le-Grand, où Thomas-Marie Royou enseigna lui aussi, qu’il rencontra Hérivaux. Lorsqu’il aborde les opinions politiques du régent Louis-Pierre Hérivaux, l’abbé Proyart se montre particulièrement ambigu. Il est clair que, durant la Révolution, Hérivaux fut un farouche partisan des conceptions politiques que défendaient les révolutionnaires les plus avancés. Mais quelles furent ses idées politiques sous l’Ancien Régime, alors qu’il enseignait devant Robespierre et Desmoulins ? D’une part, l’abbé écrit que, parce que le régent Hérivaux était l’« admirateur enthousiaste des Héros de l’ancienne Rome », il contribua à développer « le virus républicain » de Robespierre plus que tout autre enseignant de Louis-le-Grand expliquant les vies des grands hommes de l’Antiquité. Mais il insiste d’autre part sur la rectitude de ses idées politiques, écrivant que « ses principes (…) de Politique étoient si purs que l’Abbé Royou l’avoit associé pendant un tems à ses travaux littéraires ». Cet avis de l’ultramonarchiste Proyart sur la collaboration de Hérivaux avec Royou, le futur rédacteur de l’Ami du Roi, suggère que les opinions politiques du régent de Rhétorique étaient très éloignées de celles de Jean-Jacques Rousseau, de Denis Diderot ou même de Voltaire. Les quatre courts ouvrages de Louis-Pierre Hérivaux que possède la Bibliothèque nationale de France développent d’ailleurs des thèses favorables à l’ordre établi dépourvues de toute originalité. Il s’agit de deux odes, d’une consolation et d’un éloge funèbre adressés à des grands ou à des personnages princiers écrits entre 1766 et 1777. Louis-Pierre Hérivaux ne paraît donc pas avoir professé avant la Révolution des opinions avancées et semble avoir limité son enthousiasme à la République romaine. Pourtant, lui et d’autres enseignants de Louis-le-Grand ne laissèrent pas de frapper fortement l’imagination des jeunes gens qui suivirent leurs cours durant les deux décennies qui précédèrent 1789. Cette influence se lit par exemple dans un numéro des Révolutions de France et de Brabant où Desmoulins s’adresse à son ancien condisciple de collège : « Ô mon cher Robespierre, il n’y a pas longtemps, lorsque nous gémissions ensemble sur la servitude de notre patrie, lorsque, puisant dans les mêmes sources le saint amour de la liberté et de l’égalité, au milieu de tant de professeurs dont les leçons ne nous apprenaient qu’à détester notre pays, nous nous plaignions qu’il n’y eût point un professeur de conjurations qui nous apprît à l’affranchir ; lorsque nous regrettions la tribune de Rome et d’Athènes, combien j’étais loin de penser que le jour d’une constitution mille fois plus belle était si près de luire sur nous, et que toi-même, dans la tribune du peuple français, tu serais un des plus fermes remparts de la liberté naissante ». La mention de « la tribune de Rome et d’Athènes » semble faire plus particulièrement référence à la classe de Rhétorique, année où les élèves sont initiés à l’éloquence. Une lettre d’octobre 1792 qu’un certain Mareschal fit parvenir à Camille Desmoulins, et dans laquelle il lui rappelle leurs communes années d’études, démontre elle aussi a posteriori l’importance qu’eut cette classe. On y lit en effet cette phrase allusive mais remarquable : « Ressouviens toi, citoyen republicain, de notre année de rethorique (sic), de mon amour pour l’independance, de mon inebranlable courage a defendre mon ami, à combattre ses ennemis ».
Compléments : Louis-le-Grand et le concours général tels que Robespierre les a connus Entré à Louis-le-Grand à onze ans, Maximilien Robespierre ne quitta cet établissement qu’à vingt-trois ans. Il nous a paru intéressant de réunir ici des données sur la vie quotidienne de Robespierre pendant les douze ans qu’il passa dans le prestigieux collège parisien. Ces données concernent aussi d’autres révolutionnaires ayant été élèves à Louis-le-Grand après l’expulsion des Jésuites : Camille Desmoulins, Augustin Robespierre, Stanislas Fréron, les ministres Duport-Dutertre et Lebrun-Tondu, ainsi que le journaliste contre-révolutionnaire François-Louis Suleau (le rédacteur des Actes des Apôtres). Il faut ajouter à cette liste deux enseignants de Louis-le-Grand : le député à la Législative et à la Convention Yves-Marie Audrein (il fut même sous-principal du collège de 1773 à 1778) et le Constituant Jean-Baptiste Dumouchel, qui furent tous deux évêques constitutionnels. Nous terminerons par un rapide aperçu du déroulement du concours général, couronnement de l’année scolaire des élèves de l’Université de Paris. Pour Louis-le-Grand, notre source est G. Dupont-Ferrier et, pour le concours général, M. Taranne (cf. la bibliographie en fin d’article). Louis-le-Grand Les bâtiments. Le collège que connut Robespierre est presque sans rapport avec la configuration actuelle de Louis-le-Grand qui date de la grande reconstruction de 1885. Au XVIIIe siècle, on entre à Louis-le-Grand par quatre portes gardées chacune par un portier. Rue Saint-Jacques, le collège est bordé de pauvres échoppes lui payant loyer. Les récréations se déroulent dans sept cours de superficies très diverses. Huit ou neuf salles de cours, situées au rez-de-chaussée, entourent la cour principale. Les vingt-quatre études sont dispersées dans les étages, comme la vingtaine de dortoirs de vingt à vingt-cinq lits chacun. Les enseignants occupent des appartements à l’intérieur du collège. Un ancien élève fit en 1770 cette description très négative du collège : « J’entre dans les collèges de cette capitale, dans celui, si vous le voulez, qui prit le nom d’un grand monarque. Je trouve d’abord une cour, que vous appelez grande ; mais petite, eu égard à la multitude qu’elle reçoit. Point de jardin, point de pré où l’air vienne rafraîchir les poumons d’une jeunesse bouillante. J’ouvre les classes. Je l’y trouve entassée et l’air, que je respire avec peine, me fait craindre pour elle. Je monte dans les corridors étroits et obscurs, où elle habite, où elle fait une partie de sa tâche journalière, où elle couche. On connaît des hôpitaux, dans certaines provinces, mieux distribués, plus aérés. Je sors et j’examine l’emplacement de ce collège. Je le vois étouffé lui-même par les maisons contiguës et environnantes et englouti dans une atmosphère de vapeurs nuisibles, qui s’élèvent, sans cesse, de la fange des rues et de la malpropreté du peuple. Et c’est là, dans de tels cloaques, qu’on élève l’espérance des nations ! ». Il reste très peu des locaux inconfortables où Robespierre a étudié et vécu. N’ont été épargnés par la reconstruction de 1885 que les deux bâtiments du XVIIe siècles que surmontent la tour du Belvédère et celle des Cadrans solaires, ainsi que la plaque posée en 1674 sur le collège de Clermont (l’ancien nom de Louis-le-Grand) pour commémorer la visite de Louis XIV. Les élèves. En principe, Louis-le-Grand est un collège de boursiers. Quelques pensionnaires sont cependant admis, mais leur nombre diminue d’année en année jusqu’à la Révolution. En 1780, un an avant que Robespierre quitte Louis-le-Grand, les régents enseignent à 465 boursiers et à 33 pensionnaires. Les élèves sont une quarantaine par classe, et jusqu’à soixante en Rhétorique. Après l’expulsion des Jésuites, la noblesse ne mit plus que très rarement ses fils à Louis-le-Grand, et la grande majorité des boursiers et des pensionnaires sont roturiers. Les distinctions humiliantes qui avaient cours du temps des Jésuites ont été abolies : les nobles ne sont plus privilégiés, et les boursiers plus appelés « Pauperes » (« les pauvres », en latin) ni tenus de porter un costume distinctif. Vie scolaire. L’année scolaire commence le 1er octobre et s’achève à une date qui diffère selon la classe (le cours de Rhétorique prend fin le 15 août). Deux jours par semaine sont réservés au repos : le dimanche et un autre jour qui varie selon les fêtes. Les sorties sont autorisées tous les quinze jours. L’emploi du temps est rigoureux : lever à 5 h ½ ; coucher à 9 h. Il est interdit aux professeurs et aux élèves de dormir hors du lycée. repas à 7 h ¾ (déjeuner), midi (dîner), 4 h ½ (goûter), 7 h ¼ (souper). Le déjeuner est pris en étude, le goûter en classe ou en étude, le dîner et le souper dans les réfectoires. Le dîner consiste en un potage, deux plats de viande, et un dessert (ordinairement une pomme). Le souper est semblable, mais comprend un seul plat de viande. Dîner et souper sont pris en silence : une lecture est faite que les élèves ont le devoir d’écouter. Aux autres repas, la discussion entre élèves est autorisée pourvu qu’elle reste « modérée ». Au réfectoire, chaque élève a une place marquée pour toute l’année. Un élève préside la table, qui doit servir ses camarades. Les professeurs ont un réfectoire séparé. classes du matin de 8 h ¼ à 10 h ½ ; classes de l’après-midi de 2 h ¼ à 4 h ½ ; conférence pour les philosophes et répétition pour les plus jeunes de 6 h ¼ à 7 h ¼. La journée est rythmée par le son de la cloche. Organisation de l’enseignement. Chaque jour, les élèves passent 4 h ½ en classe, 4 h ½ en étude, et 2 h en récréation. Les plus âgés suivent de surcroît 1 h de conférence, et les plus jeunes 1 h de répétition. heures de classe : dans les petites sections se succèdent étude de la grammaire, explication des auteurs, récitation des leçons, interrogations orales, et correction des devoirs écrits. Dans les grandes classes, le régent fait de plus un cours qu’il dicte à partir de notes ou de cahiers. heures d’étude : les élèves font leurs devoirs écrits et apprennent les leçons à voix basse. Les Grands Boursiers, c’est-à-dire les élèves ayant fait leur Philosophie, sont autorisés à travailler non dans les études, mais dans leurs chambres. Les devoirs écrits sont nombreux. Nous connaissons leur fréquence pour les élèves de 3e du collège voisin du Plessis : au minimum un thème latin, deux versions grecque ou latine et un exercice de vers par semaine. Comme les élèves du Plessis sont les grands rivaux de ceux de Louis-le-Grand au concours général, on peut supposer que le rythme des devoirs était très semblable dans les deux établissements. - répétition et conférence : l’heure d’étude appelée « répétition » consiste en l’inspection du travail par un maître travaillant en collaboration avec le professeur. Les « conférences » sont des cours assurés par les maîtres de conférences qui sont des professeurs adjoints chargés de revenir sur les parties importantes du cours des régents et de traiter les points secondaires qui n’ont pas été abordés. récréations : elles ont lieu dans les cours lorsque le temps le permet, dans les salles en cas de pluie. Les jeux développant force et adresse sont autorisés, ceux jugés inconvenants ou dangereux sont proscrits. Le collège ayant plusieurs cours, les récréations se déroulent dans des cours différentes en fonction des classes et les communications entre classes sont théoriquement interdites. Les conversations réunissant trop souvent les mêmes élèves sont elles aussi interdites. Vie matérielle. Le mobilier des classes se compose d’une chaire en chêne, de pupitres et de bancs à dossier, d’un poêle à bois, d’un coffre à chandelles et de rideaux de toile. L’ameublement des salles d’études est identique ; seuls les pupitres sont remplacés par de grandes tables fixées au sol et portant des séparations destinées à éviter que les élèves se distraient. Les tables en chêne des réfectoires sont également scellées dans les dalles, et les bancs sont massifs. Dans les dortoirs, les lits sont séparés par des rideaux mobiles ; ce sont des lits en bois garnis de paillasses ou, de plus en plus souvent, de matelas. Les sommiers sont exceptionnels. Des chaises de paille sont posées à côté des lits. Le chauffage à Louis-le-Grand est notoirement très insuffisant et partout l’éclairage est déplorable. Les problèmes de vue des élèves sont si fréquents que le collège eut, à partir de 1780, un oculiste attitré. Enfin, les plaintes concernant les punaises des dortoirs sont récurrentes. En arrivant à Louis-le Grand, les élèves laissent leurs habits de ville au vestiaire où ils sont rangés dans des compartiments en bois où est inscrit le nom de leur propriétaire. En classe et dans les études, les élèves portent une veste, un gilet, une culotte d’étoffe épaisse, et par-dessus une robe d’écolier. Nettoyage et ravaudage du linge sont effectués par une lingère aux frais de l’élève, mais ce sont les soins du perruquier qui grèvent le plus lourdement son budget. Si les locaux sont vétustes, le Règlement de 1769 veille scrupuleusement sur la propreté des élèves : « Ils ne porteront point d’habits déchirés ; ils seront peignés tous les jours et même plus souvent, s’il leur est ordonné ; les maîtres, surtout ceux des basses classes, sont chargés d’y veiller attentivement. Ils laveront leurs mains, une fois par jour ; ils changeront de linge plusieurs fois par semaine. Si quelqu’enfant s’abandonnait à la malpropreté, on emploiera tous les moyens possibles de l’en corriger. On ira même jusqu’aux punitionx, si cela est nécessaire ». Religion. La religion catholique est omniprésente à Louis-le-Grand. La messe quotidienne dans la chapelle du collège est obligatoire, et les élèves sont tenus de se confesser au moins une fois par mois. Chaque dimanche, trois quarts d’heure sont consacrés à l’enseignement du catéchisme par les maîtres de conférence de Théologie et de Philosophie ou par des bacheliers en licence. Toujours d’après le Règlement de 1769, la prière doit pénétrer tous les actes de la vie, être la première et la dernière pensée de la journée, préluder aux classes et aux études, et clôturer les repas. Concours général Il a lieu tous les ans en juin entre les meilleurs élèves de l’Université de Paris. Ceux-ci ont été préalablement choisis par chaque régent parmi ses élèves. Les sujets sont envoyés par le Recteur sous enveloppe cachetée. Ils sont dictés par un ancien maître tandis que la surveillance est assurée par deux maîtres. Le Règlement du concours général de 1744 indique comment est réalisée la sélection des lauréats : « M. le Recteur assemblera cinq ou six maîtres choisis qui, dans une première séance, après avoir entendu la lecture des copies, faite par l’un d’eux, feront le choix de quinze ou vingt qui seront jugées les meilleures et mériter une attention particulière ; et, dans une seconde, compareront ces quinze ou vingt copies triées, et décideront de celles qui mériteront les prix ou les accessits ». Les prix sont distribués lors d’une assemblée publique à laquelle sont invitées des personnes de haute naissance. A l’aune de notre sensibilité, la cérémonie de distribution des prix n’était pas dépourvue de cruauté. En effet, ne sont pas invités tous les candidats, ni seulement ceux devant recevoir des prix, mais l’ensemble des lauréats plus quelques élèves n’ayant remporté aucune mention. Ainsi, le suspense est maintenu jusqu’au dernier moment. La cérémonie commence par un discours latin prononcé par un des régents de l’Université de Paris. Puis, d’après le règlement de 1744, « le greffier appellera les noms de ceux qui auront mérité des prix, que M. le Recteur leur donnera, après avoir mis de sa main un couronne de laurier sur la tête. Ces prix seront des livres bons et utiles, en un ou plusieurs volumes, proprement reliés ; ayant d’un côté les armes de l’Université, et de l’autre celles de M. l’abbé Legendre [le fondateur du concours général] ; la première page portant le nom de l’écolier qui l’aura mérité, signée de M. le recteur, et scellée de son sceau (…) ». Le détail des dépenses de la cérémonie des distributions des prix de l’année 1782 apporte ces précisions : les livres ont coûté 576 livres, les reliures en maroquin et en veau 261 livres 6 sous, et les cinquante couronnes en fleurs ou en feuilles de laurier 12 livres.
Anne QUENNEDEY
Bibliographie succincte : Charles Rollin, Traité des études, Paris, Firmin-Didot, 1850, 3 volumes (1ère édition : 1726). Le Blond de Neuvéglise [abbé Proyart], La vie et les crimes de Robespierre, surnommé le tyran ; depuis sa naissance jusqu’à sa mort, Augsbourg, 1795. Hector Fleichsmann, Charlotte Robespierre et ses Mémoires, Paris, Albin Michel, 1905 (1ère édition des Mémoires de Charlotte Robespierre sur ses deux frères : 1835). M. Taranne, Notice historique sur le concours général entre les collèges de Paris, Paris, Imprimerie Paul Dupont, 1847. J.-A. Paris, La jeunesse de Robespierre et la convocation des états-généraux en Artois, Arras, Veuve Rousseau-Leroy, 1870. « Les lauréats du concours général de 1747 à 1793 », L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, n° 438, 10 août 1886, col. 477-480. Gustave Dupont-Ferrier, Du collège de Clermont au lycée Louis-le-Grand (1563-1920), Paris, E. de Boccard, 1921-1925, 3 volumes. Louis Jacob, Robespierre vu par ses contemporains, Paris, Armand Colin, 1938. Albert Croquez et Georges Loublié, Robespierre l’incorruptible, Paris, Julliard, 1947.