Bulletin n° 7 - Juillet 1998 - Thermidor 206
vendredi 14 juillet 2006
28 juillet 1794 :
Devait avoir lieu ce jour là une fête patriotique en l’honneur des jeunes Joseph Bara et Agricol Viala et dont Maximilien ROBESPIERRE avait déjà fait les plus belles éloges. Bon nombre d’historiens, ils sont même légion, ont commenté les deux dernières heures de la vie des Conventionnels exécutés au soir du 10 Thermidor an II. Chacun a voulu présenter sa version des faits, avec plus ou moins de bonheur. Il y a même ceux qui ont tout simplement repris les inepties des autres. Démonstration.
Les charrettes Paris, la Conciergerie, 10 Thermidor. Il est à peu près 17h30. Vingt-deux condamnés sont répartis dans trois charrettes. Ce sera leur denier voyage. La liste est la suivante : Maximilien ROBESPIERRE : 35 ans, Député. Augustin ROBESPIERRE : 31 ans, Député. Louis Antoine SAINT-JUST : 27 ans, Député. Georges COUTHON : 38 ans, Député. Louis J.Baptiste LAVALETTE : 50 ans, Général de Brigade de l’Armée du Nord. François HANRIOT : 35 ans, Commandant de la Garde Nationale à Paris. Jean-Baptiste FLEURIOT-LESCOT : 39 ans, Artiste et maire de Paris. Claude-François PAYAN : 27 ans, Agent de la Commune. Nicolas-Joseph VIVIER : 50 ans, Juge au Tribunal du troisième arrondissement. (Président des Jacobins dans la nuit du 9 au 10). René-François DUMAS : 37 ans, Président du Tribunal. Antoine SIMON : 58 ans, Cordonnier, Geôlier du jeune Louis- Charles Capet. Jacques-Claude BERNARD : 34 ans, ex-prêtre, membre du Conseil général de la Commune. Adrien-Nicolas GOBEAU : 26 ans, substitut provisoire de l’Accusateur Public. Antoine GENEY : 33 ans, Tonnelier et membre du Conseil général de la Commune. Denis-Etienne LAURENT : 33 ans, Officier municipal. Jacques Louis WOUARME/ 29 ans, Employé à la Commission du commerce et approvisionnements. Jean-Etienne FORESTIER : 47 ans, membre de la Commune. Nicolas GUERIN : 52 ans, membre du Conseil général de la Commune. Jean-Baptiste DHAZARD : 36 ans ; Perruquier, membre de la Commune. Christophe COCHEFER : Marchand tapissier, membre du Conseil général de la Commune. Charles-Jacques BOUGON : 57 ans, membre du Conseil général de la Commune. Jean-Marie QUENET : marchand de bois et membre du Conseil général de la Commune. Le « Journal du Soir des Frères Chaignieau » dans son numéro du Primidi 11 Thermidor débaptise Vivier pour l’appeler « Violet ». La composition des charrettes varie selon les historiens. Ainsi, selon Louis Saurel, « remplissent la troisième et dernière charrette : Maximilien et Augustin Robespierre, Couthon, Hanriot, Fleuriot-Lescot et Payan ». Ralf Korngold présente les choses autrement et place les deux frères Robespierre, Hanriot, Couthon et Saint-Just dans la première charrette. Pour sa part, Bessand-Massenet prétend que ceux-là mêmes sont installés dans la seconde charrette. Une gravure anonyme (conservée à la B.N) représente bien Couthon, Maximilien et Augustin Robespierre, Saint-Just, Hanriot, Dumas et Fleuriot-Lescot arrivés ensemble dans la première charrette. A la Conciergerie, les geôliers veulent étendre les blessés sur des matelas. « Non, non ! crie l’un des conducteurs, le bois de la charrette est assez bon pour ces coquins là. Pour soutenir les blessés, les valets des bourreaux les attachent donc aux ridelles ». (cité par Saurel). Pour l’occasion, sur proposition d’Elie Lacoste du Comité de Sûreté Générale, la Convention a fait spécialement fait dresser la guillotine sur la place de la Révolution.. Elle y avait fonctionné pour la première fois lors de l’exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793. Mais depuis, les commerçants de la rue Saint-Honoré avaient fini par protester contre le spectacle quotidien des charrettes. Cette requête a donc été acceptée et depuis le 21 prairial l’échafaud a déménagé. Il avait été installé dans un premier temps place Saint-Antoine, à l’emplacement de l’ancienne Bastille. Là encore, les habitants avaient râlé. Elle échoua pour finir Barrière du Trône renversé. Ainsi, en reprenant l’ancien parcours, les Thermidoriens voulaient indéniablement donner un caractère plus solennel à ces mises à mort. En route vers le supplice Aux environs de 18 heures, les tombereaux quittent la Conciergerie. Saurel cite un témoin oculaire nommé Perlet : « C’est vers six heures du soir que le tyran et vingt et un de ses principaux complices sont partis de la Conciergerie pour s’avancer vers l’échafaud. Ils étaient sur trois charrettes : Hanriot, saoul suivant son usage était à côté de Robespierre le Jeune, le tyran à côté de Dumas, l’instrument de ses fureurs, Saint-Just auprès du maire de Paris. Couthon était dans la troisième charrette ». Voici donc une autre présentation quant à la composition des tombereaux. Perlet qui est anti-robespierriste continue sont récit : « Hanriot et Robespierre cadet s’étaient fracassés la tête et étaient couverts de sang. Couthon avait un bandeau, le tyran avait toute la tête, hors le visage, enveloppée parce qu’il avait reçu un coups de pistolet dans la mâchoire. Il n’est pas donné à un homme d’être plus hideux et plus lâche. Il était morne et abattu. Les uns le comparaient à un tigre muselé, d’autres à un valet de Cromwell, car il n’avait plus la contenance de Cromwell même. Tous ceux qui l’entouraient avaient, comme lui, perdu leur audace. Leur bassesse ajoutait à l’indignation contre eux. On se rappelait que du moins, les conspirateurs qui les avaient précédés avaient su mourir. Ceux-ci n’avaient même pas la force de se parler, ni d’adresser la moindre parole au peuple ». Parler... Comment auraient-ils pu parler ? Hanriot, percé de coups de baïonnettes a un oeil qui pend sur sa joue, Couthon et Augustin sont agonisants et Maximilien a lui-même la mâchoire inférieure fracassée. Sacré Perlet ! C’est lui qui quelques jours plus tard, dans son fameux journal du 20 Thermidor publiera des soi-disant « révélations surprenantes sur la vie de débauche de Robespierre et de Couthon ». Au delà du raz de marée de calomnies qui surgit à cette époque, , ce « morceau » atteint une sorte de paroxysme et démontre à tel point tous les moyens ont été bons pour salir à jamais la mémoire de Maximilien. Voici ce qu ’écrit Perlet : « Le voile dont le tyran avait eu soin de couvrir sa vie privée se déchire insensiblement et l’on découvre que cette austérité de moeurs, ce désintéressement dont il parlait sans cesse, lui étaient aussi étrangers que la vertu dont il profanait à chaque instant le nom. On assure qu’il s’était emparé à Issy de la demeure de la ci-devant princesse de Chimay... C’était là le Trianon du continuateur des Capets... Pour se donner plus de lustre aux yeux de ses futurs confrères couronnés, le tyran devait forcer la main à la jeune Capet et l’épouser ». Oui, décidément, sacré Perlet ! Henri Béraud décrit son « ami Robespierre » : « ferme, muet, (qui pourtant) demeurait très droit. Ce qu’on voyait de lui exprimait le dégoût. On le reconnaissait très mal à cause du changement que ses cheveux noirs, sans poudre et coupés de façon singulière, en vergette sur le front, apportaient à sa figure ». Après Perlet, Saurel cite Barras, le grand vainqueur de Thermidor : « Je vis encore de mes yeux partir les charrettes des condamnés avec leur escorte et prendre la direction de la rue Saint-Honoré pour se rendre à la place de la Révolution où la Convention fit établir la guillotine, afin que Robespierre suivît le même parcours de Danton et passât devant sa maison où Danton, sur le point de périr, avait prédit sa fin. La foule immense, qu’il fallait traverser, ne permettait aux voitures que de marcher fort lentement, mais le sentiment qui régnait n’était pas seulement celui de l’allégresse unanime, c’était celui de la délivrance. » Non seulement il y a la multitude, mais de plus, les conducteurs ont reçu l’ordre d’aller lentement de manière à ce que la foule puisse bien voir les condamnés. De fait, le cortège va mettre une heure de demie pour parcourir le trajet qui mène du Palais de Justice au lieu de l’exécution. Selon divers témoignages, les plus fortunés ont pu louer, à prix cher, des balcons et des fenêtres. Il s’agit « d’hommes et de femmes élégamment vêtus, des personnes de la meilleure classe ». Saurel et Korngold citent tous deux l’historien anglais Wilson Croker. Henri Gaubert rapporte les propos de De Cony : « Une foule immense remplissait les rues. Des milliers de familles pleurant quelqu’un des leurs, à cette grande nouvelle sortaient de leur retraite, j’ai presque dit de leur tombeaux. » Pour ce qui concerne le trajet proprement dit, là encore, les versions différent suivant les auteurs. Selon Saurel et Korngold, le cortège sort du Palais, longe le quai de l’Horloge, traverse la Seine par le Pont-Neuf, s’engage par la rue de la Monnaie prolongée par la rue du Roule et prend par la gauche la rue Saint-Honoré avant de gagner la place de la Révolution par la rue (ci-devant) Royale. Pour leur part, Béraud et Ernest Hamel font traverser la Seine par le pont au Change et emprunter les rues Saint-Denis, de la Ferronnerie et de la Chausseterie pour rejoindre la rue Saint-Honoré. Marc Bouloiseau préfère évoquer « les quais de la Seine où les habitants des quartiers bourgeois manifestent bruyamment leur allégresse. » Saurel fait également appel à Desessart en utilisant certainement le fameux et fumeux « Précis historique de la vie et des crimes de Robespierre et de ses complices » : « Jamais on avait vu une si grande affluence de peuple ; l’allégresse était universelle ; elle se manifestait avec une sorte de fureur. Plus la haine profonde que l’on portait à ces scélérats avait été comprimée, plus l’explosion était bruyante. » A son habitude, Hamel s’enflamme : « Quand les funèbres charrettes sortirent de la cour du Palais, des imprécations retentirent dans la foule. (...). On eut dans la rue comme le prélude de l’immonde comédie connue sous le nom de « bal des victimes ». De prétendus parents de gens immolés par la justice révolutionnaire hurlaient en coeur au passage des condamnés. (...) Partout, sur le chemin du sanglant cortège, se montraient joyeux, ivres, enthousiastes, le ban et l’arrière ban de la réaction, confondus avec les coryphés de la guillotine et les terroristes à tous crins. Derrière les charrettes, se démenant comme un furieux, un homme criait de tous ses poumons : « A mort le tyran ! ». C’était Carrier. Il manquait Tallien et Fouché pour compléter ce tableau cynique . » L’attitude de Carrier est également reproduite de manière presque identique chez Saurel et Korngold. Quand l’on connaît la sinistre besogne de Carrier à Nantes... Il pense encore pouvoir se réjouir de la chute de Robespierre. Tout au long du chemin, les insultes et railleries diverses abondent de toutes parts. Jean Massin, lui, ne consacre qu’une dizaine de lignes sur cette sinistre journée du 10 Thermidor et ne retient seulement que le fait « que sur le passage de la charrette, quelques ouvriers crient : « foutu maximum ! » Halte devant la maison Duplay Le cortège arrive devant la maison Duplay Aussi bien Saurel, Korngold, Béraud,Nabonne et Hamel (ce dernier toutefois sans trop vouloir y croire) font allusion à l’arrêt du convoi devant la maison où était hébergé Maximilien. A ce moment, tous les membres de la famille Duplay ont été jetés en prison. « Un groupe de femmes se met à danser autour des voitures. Puis un enfant s’approche. D’une main, il porte un seau empli de sang de boeuf, de l’autre, il tient un balai. Arrivé devant la maison où Robespierre a vécu quatre ans, il trempe le balai dans le seau et, aux cris de joie de l’assistance, se met à asperger la façade de l’immeuble. » Bessand-Massenet relate lui aussi ce barbouillage en s’interrogeant toutefois sur « l’authenticité de cet épisode rapporté par Louis Blanc. ». Et Bessand-Massenet de se référer à Stéphane Pol (de son vrai nom Paul Coutand. Il était le gendre d’un petit-fils de Le Bas) et de rappeler ainsi que dans la marge de son exemplaire de « l’Histoire des Girondins », Mme Elisabeth Le Bas, née Duplay a inscrit le mot « fable ». Il est vrai que de tout ce trajet, Lamartine n’évoque que cette péripétie en précisant : « Robespierre ferma les yeux pendant cette halte pour ne pas voir le toit insulté de ses amis, où il avait porté le malheur. Ce fut son seul geste de sensibilité pendant ces trente-six heures de supplice. » Jean Delay, qui prétend avoir lu « l’Histoire des Girondins », commet une erreur en indiquant que Lamartine a situé ce geste au cours de la nuit précédente. Les propos d’Esquiros sont repris par Gaubert : « Une larme se forma lentement au bord de l’oeil sec de Robespierre. Le souvenir de la vie douce et presque pastorale qu’il avait mené dans cette maison, l’idée des hôtes qu’il allait probablement entraîner dans sa perte venaient de lui ouvrir le coeur ». Friedrich Sieburg qui reprend également cet arrêt rue Saint-Honoré écrit pour sa part : « Robespierre ne voit rien de cette scène infamante ».Pourtant, cette action est des plus plausibles et correspond tout à fait bien à l’air du temps. Rue Royale... Et puis, il y a un nouvel arrêt, au milieu de la rue ci-devant Royale. Saurel cite là encore Desessart et Gérard Walter y fait également référence : « Il est difficile de peindre la contenance de Robespierre. Le visage entortillé d’un linge sale et ensanglanté, ce qu’on apercevait de ses traits était horriblement défiguré. Une pâleur livide achevait de le rendre affreux, soit qu’il fut accablé par les douleurs que lui causaient ses blessures ou que le souvenir de ses forfaits le déchirât, il affectait d’avoir les yeux baissés et presque fermés » Desessart poursuit son récit :. « Prêt d’arriver sur le lieu d’exécution, il fut tiré de sa léthargie par une femme qui fendit la presse, s’élança vers la charrette qui voiturait ce cannibale, s’attacha après un de ses barreaux et, le menaçant de la main dont elle conservait l’usage, lui cria : « Monstre vomi de l’enfer, ton supplice m’enivre de joie ». Robespierre ouvrit les yeux et regarda tristement cette femme qui ajouta : « Va scélérat, descend au tombeau avec les malédictions de toutes les épouses, de toutes les mères de famille. » Korngold cite également cette apostrophe et Hamel fait également allusion à cet arrêt rue Royale en précisant toutefois emprunter ce détail à « un écrivain éhonté ». Il s’agit selon lui « d’une femme jeune encore et vêtue avec une certaine élégance » qui « vomit force imprécation contre Maximilien ». Et Hamel de poursuivre : « J’incline à croire que c’est là de la légende thermidorienne ». Et en reprenant le témoignage de « l’écrivain éhonté », il rappelle que « Maximilien se contenta de hausser les épaules ». Il est à peu près certain que cet « écrivain éhonté » n’est personne d’autre que Desessart... Enfin, il convient de préciser que dans leur ouvrage, Jean Ratinaud et Max Gallo, notamment, ne consacrent pas une seule ligne concernant ce dernier voyage de Maximilien et de ses amis. La mise à mort Les charrettes pénètrent sur la place de la Révolution. Il est 19h30. Gaubert ironise et persifle « Du haut de la voiture, Robespierre peut alors découvrir un vaste panorama, chargé de symboles divers : à gauche, le jardin des Tuileries où, le mois précédent, à l’occasion de la fête de l’Etre suprême, il a pu croire à son triomphe définitif ; à droite ; les Champs-Elysées, sa promenade favorite du soir en compagnie d’Eléonore Duplay ; en face, sur l’emplacement même où furent guillotinés le roi et la reine, à l’endroit où il fit mettre à mort ses amis et ses ennemis, se dresse la guillotine, couleur de sang. Robespierre n’a assisté à aucune exécution. Pour ses débuts, il aura un beau spectacle . » Pour ce qui concerne l’exécution, les écrits des historiens semblent à peu près s’accorder. Maximilien est détaché de la charrette puis allongé à même sur le sol. On a prévu de le guillotiner le dernier. Desessart, jubilant, raconte : « Lorsque la charrette fut arrivée au pied de l’échafaud, les valets du bourreau descendirent le tyran et l’étendirent par terre jusqu’au moment où son tour vint de recevoir la mort. » Couthon, disloqué est porté le premier sur l’échafaud. Sieburg et Béraud relatent la même anecdote, à savoir que le paralytique est couché sur le côté et qu’il faudra un bon quart d’heure pour parvenir à lui mettre le cou dans la lunette. Puis vient le tour d’Augustin Robespierre, Maximilien semble défaillir. Puis c’est celui d’ Hanriot. Le bourreau lui arrache l’oeil qui pend sur sa joue. Ensuite, les douze officiers municipaux sont suppliciés. Ils sont suivis par Vivier, Lavalette, Payan, Saint-Just et Dumas. C’est l’ordre d’exécution de Saint-Just qui varie selon les auteurs. Ainsi, certains la situent avant Dumas et d’autres entre Dumas et Maximilien Robespierre. Bernard Vinot la place même après celle de Maximilien. Une chose est sûre, tous les avis s’accordent lorsqu’il s’agit d’évoquer le stoïcisme de ce jeune homme de 27 ans face à la mort toute proche. Ce garçon qui n’a pratiquement pas prononcé un mot depuis le moment où il a quitté la salle d’audience du Comité, va gravir fièrement les marches de l’échafaud et aller dignement vers son supplice. N’était-ce pas un meilleur gage de sincérité pour celui qui avait écrit dans ses notes : « Je méprise la poussière qui me compose et qui vous parle ; on pourra la persécuter et la faire mourir cette poussière ! Mais je défie qu’on m’arrache cette vie indépendante que je me suis donnée dans les siècles et dans les cieux. » Peut-être à l’ultime instant, pense-t’il à la phrase qu’il avait envisagé de prononcer durant cette fatale séance à la Convention et où il n’a pu s’exprimer : « Le bien, voilà ce qu’il faut faire, à quelque prix que ce soit, en préférant le titre de héros mort à celui de lâche vivant. » Après Dumas, il était prévu que ce soit le tour du maire de Paris mais on craint que Robespierre n’expire avant son supplice. Il est donc décidé de le « confier » dès à présent « aux bons soins » de Sanson. Le Thermidorien Charles Duval raconte d’après Saurel : « Le bourreau, après l’avoir attaché à la planche et avant de lui faire faire bascule, arracha brusquement l’appareil mis sur sa blessure. Il poussa un rugissement semblable à celui du tigre mourant qui fut entendu des extrémités de la place ».Desessart donne dans le détail : « La mâchoire inférieure se détacha de la mâchoire supérieure en laissant jaillir des flots de sang,, la tête de ce misérable n’offrit plus qu’un objet monstrueux et dégouttant. » Hamel a écrit que « Maximilien monta d’un pas ferme les degrés de l’échafaud. Quand il apparut, sanglant et livide, sur la plate-forme où se dressait la guillotine, un murmure sourd courut dans la foule. Etait-ce le gémissement de la patrie en deuil ? (...) » Et c’est toujours Hamel qui évoque l’état d’esprit du bourreau Sanson : « Un instant après, la tête de Robespierre tombait. Fervent royaliste, le bourreau dut tressaillir d’aise, car il sentait bien qu’il venait d’immoler la Révolution et de décapiter la République dans la personne de son plus illustre représentant. » Gaubert déclare que « Par trois fois, le bourreau doit montrer au peuple la tête du « dictateur » et il précise : « Toute l’assistance, prise de frénésie, hurle : « Les scélérats ! Vive la République ! Vive la Convention ! » A propos de cette liesse générale, Ratinaud lui, a écrit : « Une populace imbécile hurlait de joie ; C’est la même sans doute, qui avait salué d’applaudissements la chute des Girondins, l’exécution du roi, le supplice d’Hébert, celui de Danton. La bêtise, le sadisme n’ont point de parti. » Enfin, Fleuriot-Lescot, maire de Paris est le vingt-deuxième et dernier Robespierriste à être exécuté en cette journée du 10 Thermidor. Les jours suivants, il seront encore des centaines... Le cimetière des Errancis Le soir même, les corps des suppliciés, avec celui de Lebas sont enterrés dans une fosse commune, dans la partie nord du cimetière des Errancis, dans un coin du parc Monceau. Saurel précise même « le long du mur de l’ancien chemin de ronde de Clichy. » Il précise également : « Sur la tombe de Robespierre, une main inconnue planta un rosier blanc qui - assure t’on - donna longtemps des fleurs. » Saurel et Bessand-Massenet rapportent enfin la même anecdote. « Les frais de transport des corps s’élevèrent à cent quatre-vingt-treize livres. Les fossoyeurs reçurent sept livres de pourboire ». L’ensemble de ces frais couvrait également « l’acquisition de chaux vive dont une couche fut étendue sur les corps de tyrans, pour empêcher qu’ils soient divinisés un jour. » C’est Dauban dans son « Paris en 1794 » qui cite ici un certain Lazare. L’année suivante, on va fermer le cimetière des Errancis. Sur la porte, quelqu’un a écrit ce mot : « Dormir . » C’est Bessand-Massenet qui informe sur le devenir de ce cimetière : « Aux derniers temps du Directoire, l’oubli s’était fait complètement et l’emplacement de l’ancien charnier, concédé à un entrepreneur, était occupé par des guinguettes et un bal de quartier semi-champêtre, « le Petit Tivoli ». Le percement du boulevard Malesherbes et le prolongement de la rue de Miromesnil ont effacé jusqu’à la trace du « Petit Tivoli » et morcelé le terrain. Ce qui en restait avant 1870 servait, le dimanche, aux ébats des joueurs de boules. » Enfin, pour terminer avec cette inhumation, la palme du délire dans la narration historique revient sans conteste à Delay qui a écrit un jour : « Barras veilla à ce que les reste du supplicié soient jetés au cimetière de la Madeleine-de-la-Ville-l’Evêque, dans la fosse à Capet, afin que ses ossements se confondissent avec ceux de Louis XVI, l’autre tyran.. » Sans commentaire... Pour l’heure, en cette fin de journée du 10 Thermidor, une page révolutionnaire vient de s’achever dans le sang. Environ vingt-six heures plus tôt, Maximilien Robespierre avait déploré : « La République est perdue, les brigands triomphent ! Tous « les brigands » vont pourvoir désormais pouvoir s’en donner à coeur joie et même, comme l’a souligné Henri Guillemin, pour finir, parachever leur oeuvre le 18 Brumaire.
Dominique RONDELOT