Bulletin n° 50 - Juin 2009 - Messidor 217
lundi 6 juillet 2009
Première partie : Une floraison de titres
Sous l’Ancien Régime, publier un journal impliquait nécessairement d’avoir obtenu un privilège et une autorisation, mais également, de satisfaire à la censure. A cette époque quelques rares publications permettaient à certains privilégiés (dans le sens général du terme) de lire les comptes-rendus d’événements survenus ici et là dans le royaume. On en comptait principalement quatre :
La plus ancienne, La Gazette avait été créée en 1631 par Théophraste Renaudot, rebaptisée en 1762 La Gazette de France – Organe officiel du gouvernement royal. Une autre parution était également disponible à la veille de la Révolution : Le Mercure de France, née en 1672, qui appartenait alors au même propriétaire, Charles-Joseph Panckoucke . Le Journal de France (ou Journal général de France) paraissait chaque jour depuis 1783.
Enfin, un autre quotidien était fort prisé du public puisqu’il relatait les spectacles en vogue, la vie des personnages publics, l’actualité littéraire, les faits divers parisiens… En fait, Le Journal de Paris incarnait en quelque sorte ce que l’on appellerait aujourd’hui « la presse people ». Dans l’arrêt du conseil du roi rédigé par Brienne et publié le 5 juillet 1788, il était précisé que « sa Majesté invite tous les savants et personnes instruites de son royaume… à adresser tous les renseignements et mémoires… sur la forme des états généraux ». Tout aussitôt, une infinité de brochures, libelles, pamphlets et lettres, s’offrit au grand public et dès le 10 novembre 1788, le comte Constantin de Volney fondait à Rennes son journal, La Sentinelle du Peuple où il annonçait : « J’ai pris pour lot le métier de sentinelle afin de crier Haro ! et Qui vive ! »
Mais dans le même temps, la brochure qui eut le plus d’impact et de ce fait est demeurée célèbre fut Qu’est-ce que le tiers-état de l’abbé Emmanuel Sieyès. En novembre 1788, ce dernier s’était déjà attaché à dénoncer les injustices dans son Essai sur les privilèges, et là, en janvier 1789, il jetait un coup de pied dans la fourmilière à travers trois questions et réponses simples : « Qu’est-ce que le tiers-état ? Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? A y devenir quelque chose. »
Dans son Journal des Etats généraux, Mirabeau eut le tort de publier le discours qu’il n’avait pu prononcer le jour de l’ouverture. Or, le 6 mai 1789, l’interdiction de rapporter les compte-rendus de séance avait été décrétée. Dès le lendemain, le Conseil d’Etat ordonna la saisie du journal mais le tribun publia alors ses Lettres du comte Mirabeau à ses commettants .
Rien n’interdisait à un député de rendre compte de son action auprès de ses électeurs. Cependant, quelques jours plus tard, le 19 mai l’autorisation fut accordée, à condition toutefois de s’abstenir de tout commentaire ou réflexion.
Tout début juin 1789, Nicolas de Bonneville fit paraître son Tribun du Peuple, un hebdomadaire qui se présentait sous forme de Lettres, à la nation française, aux Etats généraux… « Contemplez avec respect, en ces temps modernes, le spectacle majestueux d’un grand peuple dont le plus faible citoyen marche l’égal des Rois, et pour réclamer ses franchises ne leur offre point à genoux des complaintes et des doléances ». Fils d’un procureur, Nicolas de Bonneville (né à Evreux le 13 mars 1760) se lança dans la politique avec les Etats généraux. Dans son Tribun du Peuple, il préconisa très tôt la création d’une milice bourgeoise et surtout, fut un des tous premiers à inciter la foule à attaquer la Bastille. Pour cela, il fut promu lieutenant-général chargé de protéger les ravitaillement de Paris, par la Seine à partir de Rouen. A compter d’octobre 1791, il publiera la Bouche de Fer (cf ultra).
Les jours qui suivirent, le 19 juin, Bertrand Barère publia le premier numéro du Point du Jour : « L’assemblée nationale va s’occuper surtout de la recherche des causes de la misère publique et des moyens d’y remédier. Le premier usage qu’elle fera ensuite de son temps et de ses lumières, sera employé à la déclaration des droits de l’homme… » (Le Point du jour du 29 juin 1789). Ce journal de Barère , autrement sous titré Résultat de ce qui s’est passé la veille à l’Assemblée, parut jusqu’au 21 octobre 1791, c’est à dire jusqu’au moment où il s’en retourna à la « vie civile ».
En ce début d’été 1789, de nombreux titres virent le jour et cela continua même au cours des mois qui suivirent : Le 5 juillet Antoine-Joseph Gorsas fit paraître Le Courrier de Versailles, qui allait devenir par la suite Le Courrier des quatre-vingt-trois départements. Les évènements populaires du 14 juillet furent relatés dans le Point du Jour de Barère : « Vers cinq heures, l’assemblée s’est formée de nouveau, toujours pénétrée d’une tristesse profonde. Les troupes autour de Paris et de Versailles laissaient craindre des ordres sinistres ; un mystère impénétrable enveloppait les projets du gouvernement… Mr de Noailles se présenta et rapporta la prise de l’hôtel des Invalides et l’assaut de la Bastille… » , mais également dans Le Journal général de France : « Les espérances qu’on avait conçu le matin dans l’Assemblée, que le calme et la tranquillité se rétabliraient bientôt à Paris, furent démenties dans l’après-midi par les nouvelles qu’on apprit et surtout par l’arrivée précipitée de M le vicomte de Noailles, qui fit part à l’Assemblée de ce qu’il avait vu lui-même, que toute la Bourgeoisie de Paris était en armes, conduite et disciplinée par les Gardes Françaises, qu’elle avait enlevé des Invalides les canons et les fusils, que la Bastille avait été prise d’assaut ; et que M de Launey, qui en était gouverneur, et qui, après avoir laissé entrer dans les cours un certain nombres de citoyens, avait fait lever le pont-levis et tirer sur eux, avait été égorgé, que M de Flesselles, Prévôt des Marchands, avait subi le même sort. Il est facile d’imaginer l’effet que produisit le récit de ces évènements funestes sur l’Assemblée… »
Le 28 juillet, Jacques Pierre Brissot lança Le Patriote Français. En réalité, un premier exemplaire du Patriote Français avait été publié dès le 10 avril 1789, mais compte-tenu de la virulence des articles, Brissot son créateur et rédacteur fut activement recherché par la police. Ainsi, celui qui avait proposé « de publier un journal politique, national, libre, indépendant de la censure et de toutes pièces d’influence », avait rapidement été contraint de cesser ses parutions. A partir de la fin juillet 1789, Brissot publia son journal sans interruption jusqu’au 2 juin 1793, jour de son arrestation. L’exergue du journal clamait : « Une gazette libre est une sentinelle qui veille sans cesse pour le peuple ». Il y eu plus de 1.200 numéros du Patriote Français.
Un peu moins d’un mois plus tard, le 24 août 1789, le célèbre mathématicien Nicolas de Condorcet créait La Chronique de Paris.
Le 26 août 1789 constitua une date importante dans l’Histoire du journalisme, car la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen consacra son article n° XI à la liberté de la Presse : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi ». Un grand pas venait d’être franchi, du moins pour l’heure…
Le 29 août 1789, ce fut au tour du Journal des Débats et des Décrets de se trouver à la disposition du public.
Le 12 septembre qui suivit, sortit le premier numéro du journal de Marat, qui allait porter à partir du 16 septembre le célèbre titre L’ami du Peuple. Ce même jour, le 16 septembre, parut également le premier feuillet contre-révolutionnaire : Le Journal Général de la Cour et de la Ville. Il fut créé et imprimé par un jeune ouvrier typographe, Guillaume Marie-Anne Brune (le futur maréchal d’Empire). Celui-ci, acquis aux idées de la Révolution, souhaitait rapporter tous les évènements et discours, avec exactitude et impartialité, dans Le Journal Général de la Cour et de la Ville concernant tout ce qui est décidé à l’Assemblée nationale, ce qui se passe à l’Hôtel de Ville de Paris, dans les districts, au Châtelet, ainsi que les nouvelles authentiques de la province, les anecdotes et tout ce qui est relatif au château des Tuileries. La feuille était rédigée par Gauthier dit Syonnet, un Genevois qui était commis-libraire. Or, cet ancien comédien entendait bien véhiculer des propos virulents, calomniateurs, voire même orduriers, à l’encontre de la Révolution et tous ceux qui la faisaient. La rupture fut vite consommée entre les deux hommes et cette parution deviendra alors Le Petit Gauthier. L’imprimerie de ce journal sera saccagée à plusieurs reprises par les sans-culottes. Il fut supprimé le 10 août 1792.
Un autre journal royaliste apparut à cette époque : le 1er octobre 1789 l’on put découvrir le premier numéro de La Gazette de Paris, journal dirigé par Anne-Antoine de Clermont Tonnerre (évêque de Chalons sur Marne). En fait, à ses débuts, ce journal n’était pas foncièrement contre la Révolution. Ce fut la nationalisation des biens du clergé qui mena son rédacteur en chef, Barnabé Farmian Du Rozoy dans le camp des royalistes. Les bureaux de La Gazette, situés rue Saint Honoré furent mis sac en 1790 par la foule qui détestait ce journal. La Gazette publia le « Manifeste de Brunswick » qui eut pour effet d’exacerber la colère populaire et un éléments déclencheur du 10 août 1792..
Un journal supplémentaire fit son apparition le 3 octobre 1789. Il s’agissait des Annales patriotiques et littéraires, issues des plumes de Jean-Louis Carra et Sébastien Mercier.
Dès cette époque, l’influence de la presse fut considérable sur ses lecteurs et les réactions imprévisibles du public. Ainsi, ce fut Antoine Gorsas qui, dans son Courrier de Paris, dévoila le 3 octobre 1789, l’affaire du banquet à Versailles. Des officiers des gardes du corps avaient offert un banquet à ceux des régiments de Flandre et, en présence de la reine, des propos hostiles à la Révolution avaient été tenus, la cocarde tricolore avait été foulée et l’on avait ostensiblement arboré la cocarde noire, celle de la reine. Ce compte rendu ne fut pas sans conséquence car il alerta l’opinion publique. Il ne fut d’ailleurs pas le seul car, le surlendemain 5, Jean-Paul Marat dans son Ami du Peuple, allait encore plus loin et appelait les Parisiens à se rendre à Versailles. La suite est connue avec le retour « du boulanger, de la boulangère et du petit mitron » et surtout, une famille royale désormais « assignée à résidence » à Paris. Un autre journal contre-révolutionnaire apparut le 2 novembre 1789. Il s’agissait des Actes des Apôtres. Deux « plumes » rigoureusement royalistes en produisirent le contenu, Antoine Rivarol et François Suleau . A cette époque, les attaques de ce journal se concentraient vers les « traîtres » de l’aristocratie, Mirabeau, le Duc d’Orléans, Lafayette…
Les jours fiévreux de cette fin d’année 1789 ne se passaient pas sans voir paraître un article dénonçant la manière dont les affaires étaient menées, d’un camp comme dans l’autre et pour ce qui concerne Marat, commençait dès cette époque une sorte de jeu « au chat et à la souris » qui constituait à lui saisir ses presses, le forcer à un moment plus ou moins long de clandestinité, d’autres fois de l’arrêter, ou encore de lui rendre son matériel d’imprimerie . Toutefois, en ce 18 novembre 1789, Marat avait la possibilité de publier son Ami du Peuple pour dénoncer le système injuste de l’impôt : « Si les peuples ont brisé le joug de la noblesse, ils briseront de même celui de l’opulence. Le grand point est de les éclairer, de leur faire sentir leurs droits, de les en pénétrer, et la révolution s’opérera infailliblement, sans qu’aucune puissance humaine puisse s’y opposer ».
Le 24 novembre 1789, Panckoucke fit paraître son Moniteur et le 28 novembre, Camille Desmoulins embrassait la carrière de journaliste en lançant Les Révolutions de France et du Brabant . Avec la nouvelle année 1790, Marat va s’en prendre directement à Lafayette. Sa première attaque sérieuse peut être lue dans son Ami du Peuple du 10 janvier . Le 20, le député-abbé Emmanuel Sieyès présenta son rapport sur « la liberté de la presse » mais surtout « la répression de ses délits et la responsabilité des écrivains ». A cette époque, en janvier 1790 parut Je m’en fous ou Pensées de Jean Bart qui deviendra plus tard le Journal des Sans culottes et constituera une sorte de modèle pour Jacques Hébert. Le 31 mai 1790, le tristement célèbre Stanislas Fréron lança son Orateur du Peuple qui, au début, pouvait être assimilé à la parution de Marat. Il est vrai que pendant un temps, le rédacteur de l’Ami du Peuple fournit des articles pour l’Orateur. A partir du 1er juin 1790, l’abbé Royou, oncle de Fréron, put enfin débrider sa verve fanatique et contre-révolutionnaire avec la parution de L’Ami du Roi. Le 2 juin 1790, Marat créa un nouveau titre, Le Junius français qui ne parut que quelques temps.
Ce fut le 5 juin 1790, à la suite de la constitution de « la Société de 1789 », un club destiné à faire concurrence aux Jacobins, que Condorcet lança Le journal de la Société de 1789. Cette parution prit dès le départ la décision de soutenir la cause des femmes et notamment, ce qui était rare à l’époque, pour qu’il leur fût accordé le droit de vote. Dans non Journal de la Société de 1789 daté du 3 juillet 1790 et portant le numéro « 5 », Condorcet exposa « sur l’admission des femmes au droit de cité » : « L’habitude peut familiariser les hommes avec la violation de leurs droits naturels, au point que, parmi ceux qui les ont perdus, personne ne songe à les réclamer, ne croie avoir éprouvé une injustice. Il est même quelques unes de ces violations qui ont échappé aux philosophes et aux législateurs lorsqu’ils s’occupaient avec le plus de zèle d’établir les droits communs des individus de l’espèce humaine, et d’en faire le fondement unique des institutions politiques. Par exemple, tous n’ont-ils pas violé le principe de l’égalité des droits en privant tranquillement la moitié du genre humain de celui de concourir à la formation des lois, en excluant les femmes du droit de cité ? Est-il une plus forte preuve du pouvoir de l’habitude, même sur les hommes éclairés, que de voir invoquer le principe de l’égalité des droits en faveur de trois au quatre cents hommes qu’un préjugé absurde en avait privés, et d’oublier à l’égard de douze millions de femmes ? (…) Il est donc injuste d’alléguer, pour continuer de refuser aux femmes la jouissance de leurs droits naturels, des motifs qui n’ont une sorte de réalité que parce qu’elles ne jouissent pas de ces droits. Si on admettait contre les femmes des raisons semblables il faudrait aussi priver du droit de cité la partie du peuple qui, vouée à des travaux sans relâche, ne peut ni acquérir des lumières, ni exercer sa raison, et bientôt, de proche en proche, on ne permettrait d’être citoyens qu’aux hommes qui ont fait un cours de droit public. Si on admet de tels principes, il faut, par une conséquence nécessaire, renoncer à toute constitution libre. »
Après une énième perquisition policière chez son imprimeur, l’intrépide Marat publia de nouvelles lignes incendiaires contre cette nouvelle aristocratie des riches. Dans sa « supplique de dix-huit millions d’infortunés » parue dans l’Ami du Peuple du 30 juin 1790, le lecteur pouvait s’interroger, à la suite du rédacteur : « Qu’aurons-nous gagné à détruire l’aristocratie des nobles si elle est remplacée par l’aristocratie des riches ? C’est en vain que vous voudriez arrêter le cours des réformes, et les fixer à tel ou tel point ; les esprits ont pris l’essor, et la réflexion doit infailliblement les amener à l’égalité des droits primitifs de la nature… Cette égalité des droits comporte celle des jouissances. » Le 1er juillet 1790, les frères Chaignieau publièrent le premier exemplaire du Journal du Soir mais surtout firent preuve d’audace en acceptant le paiement des abonnements en assignats tout en rendant la monnaie en argent sonnant et trébuchant. Cet engagement osé attira une multitude de lecteurs mais ne mena pas les deux frères à la ruine car, quatre ans plus tard, ce sera Le Journal du Soir qui publiera la liste des vingt-deux condamnés du 10 thermidor…
Le 26 juillet, Marat avait placardé un pamphlet intitulé : « C’en est fait de nous ! » où il invitait le peuple à prendre les armes pour « abattre cinq à six cents têtes » qu’il jugeait dangereuses pour la suite de la Révolution.
A l’Assemblée, le 31 juillet 1790, le député Pierre Victor Malouet parvint à faire adopter un décret qui permettait de poursuivre quiconque aura « excité le peuple à la fureur ». Ce décret visait en tout premier lieu Marat qui, tout aussitôt, reprit le chemin de la clandestinité mais également, chose plus surprenante, Camille Desmoulins… En effet, dans son accusation, Malouet avait compris le rédacteur des Révolutions de France et de Brabant auquel il reprochait de s’en être pris à la personne du roi dans un récit relatant la Fête de la Fédération. Arrêté, Desmoulins fut remis en liberté dès le 2 août suivant, grâce à une intervention de Maximilien Robespierre.
Puis survint la mutinerie de Nancy, tache rouge au cœur d’un été qui criait encore « Vive le Roi ! », démonstration d’une barbarie que l’on croyait désormais d’un autre âge. A Nancy donc, les soldats se plaignaient de ne pas toucher leur solde et, le 16 août 1790 la ville lorraine accueillait alors trois régiment en garnison, du Roi-Infanterie, les Suisses de Châteauvieux et Mestre de Camp Général-Cavalerie. Les soldats constituèrent un comité, obligèrent les officiers à les payer et envoyèrent une députation à l’Assemblée.
La dite assemblée parisienne se rallia à la proposition de Lafayette, à savoir restaurer la discipline par « une terreur salutaire » et à la suite d’un nouveau soulèvement de la garnison, le 26 août, le marquis François de Bouillé déclencha une inimaginable répression (un soldat roué vif, vingt-deux pendaisons et quarante et une condamnations à trente ans de galère). A la suite des exactions de Bouillé, Marat, qui préconisait justement d’épurer l’armée de tous ses officiers aristocrates, publia un pamphlet « L’affreux réveil » où il constatait amèrement que la nation se réveillait en effet… mais au bruit du canon de Nancy ! Cette affaire de Nancy eut une autre répercussion dans le monde journalistique, la mort d’Elisée Loustalot, rédacteur des Révolutions de Paris. En effet, le 19 septembre 1790, ce jeune homme de 28 ans n’avait pu se remettre de la nouvelle du massacre des soldats et il mourut littéralement de chagrin. Un jour, il avait écrit : « Qu’il en reste un seul qui cesse d’abuser de l’esprit public et nous lui devrons la liberté ! Qui de nous cueillera cette palme ? C’était le premier journaliste à mourir pour des idées…
Le 30 septembre 1790, Joseph Antoine Cerutti publia sa première Feuille villageoise « adressée chaque semaine à tous les villages de la France pour les instruire des lois, des évènements, des découvertes qui intéressent tout citoyen ». En fait, cet ancien jésuite, conscient du taux d’illettrisme dans les campagnes, comptait beaucoup sur les prêtres pour faire le relais de sa parution auprès des paysans. A la fin de l’année 1790, la plupart des grands titres liés à la Révolution avaient été créés, mais d’autres encore allaient naître au cours des deux années à venir : Le Père Duchesne, qui relayera « la colère » de Jacques Hébert, La Bouche de Fer, de Nicolas Bonneville, Le Défenseur de la Constitution, au temps où Maximilien Robespierre n’était plus Constituant et pas encore Conventionnel, Le Vieux Cordelier, qui sera une des causes des ennuis de Camille Desmoulins.
Pour l’heure, chacun exprimait ses opinions, Marat redoutait une fuite de la famille royale, mais n’était pas du tout pris au sérieux, ici et là des idées très avancées noircissaient le papier, mais il n’était aucunement question de république,les journaux royalistes vilipendaient la cause du peuple…
La vie quotidienne des journaux de la Révolution poursuivait son chemin de liberté, mais pour combien de temps encore ?
(à suivre…)
Dominique RONDELOT