Dominique Rondelot

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DE L’INFLUENCE DE LA RELIGION ANTIQUE SUR LES CULTES REVOLUTIONNAIRES

Bulletin n° 49 - Mars 2009 - Ventôse 217

samedi 21 mars 2009


En frimaire an 2, la Convention Nationale fut l’objet d’une curieuse pétition d’une section de Paris, réclamant le rétablissement du culte de Vesta et la consécration comme temple de cette divinité de l’Eglise de l’Abbaye de Saint Antoine, avec un autel sur lequel brûlerait un feu perpétuel entretenu par de jeunes vestales.

Cette proposition, malgré son aspect un peu saugrenu, est un témoignage de l’influence de la formation et de la culture romano-grecque des lettrés de cette époque, et nous montre l’influence de la religion antique sur la réflexion spirituelle des révolutionnaires. Les influences antiques sur la pensée des révolutionnaires quant aux institutions politiques et à l’organisation sociale sont une conséquence directe de l’éducation reçue par eux dans la seconde moitié du 18e siècle. L’exemple des grands romains de la République, maintes fois étudié, a été une force d’attraction pour ces hommes qui devaient établir un monde nouveau sur les ruines de l’ancien régime, et ce avec une vigueur d’autant plus forte que les empereurs romains, vus à travers le prisme de Caligula, Néron ou Elagabal, véhiculaient une image de tyrannie et de décadence.

La réflexion religieuse ne pouvait échapper à cette influence. Ainsi, François de Neufchâteau, membre du Directoire, écrivait-il : « Du sein du polythéisme est sortie la civilisation la plus remarquable. Si une religion qu’on dit être fausse a pu produire une pratique aussi belle, un ensemble qui, après deux mille ans, fait l’admiration des chrétiens eux-mêmes, qu’est ce donc qu’une religion ? Vraie ou fausse, ce n’est point d’elle que la société dérive. Tout bien, toute civilisation, tout ordre social ressort, en définitive, de l’homme ; le reste habite les nuages. Faire revivre cette magnifique antiquité, où l’homme seul était le maître, c’est mon devoir, c’est mon but, c’est ma gloire, ce sera le but de tous mes efforts ».

Le 14 décembre 1792, lors de la discussion sur l’établissement des écoles primaires, le député Jacob Dupont déclarait déjà : « … croyez-vous donc, citoyen législateurs, fonder et consolider la République avec des autels autres que ceux de la Patrie : la nature et la raison, voilà les dieux de l’homme ; voilà mes dieux. Admirez la nature, cultivez la raison, et si vous voulez que le Peuple soit heureux, hâtez vous de propager ces principes. ». On a déjà là toutes les prémisses de la fête de la Raison.

LA FETE DE LA DEESSE RAISON

Une historiographie tenace a présenté la fête de la déesse Raison comme une fête de l’athéisme ; Cette vision des choses a déjà été combattue en son temps par Albert Mathiez. Il y a en effet une religiosité certaine dans cette cérémonie malgré son aspect très anti-catholique.

Partout, au cours de cette fête, les influences de la religion antique sont présentes. En premier lieu, dans le fait de représenter la Raison sous la forme d’une déesse. L’habillement de Mademoiselle Maillard, de l’Opéra, est directement inspiré des statues des divinités gréco-romaines : bonnet phrygien, tunique recouverte à moitié par un manteau, une pique dans la main droite (rappelant l’Athêna guerrière) et une branche de chêne dans la main gauche. Son cortège, composé d’un groupe de citoyennes vêtues de blanc, ceintes de rubans tricolores, la tête couronnées de fleurs, et de députés des sections coiffés de bonnets de la liberté (1), semble sortir tout droit d’un bas relief latin. La suite de la cérémonie est de la même veine, située dans un lieu de culte (Notre Dame), à la façade duquel ont été inscrits les mots « A la philosophie » (2). Un autel circulaire, avec des festons de feuilles de chêne. Pendant l’exécution des hymnes républicains, des rangées de jeunes filles, vêtues de blanc et couronnées de chêne, passent et s’inclinent devant l’autel de la Raison, un flambeau à la main. Puis des enfants encensent la déesse avec des cassolettes remplies de parfums. On est là dans le religieux, pas dans une manifestation athée. Ainsi que le déclamait Dufourny à la barre de la Convention le matin même pour l’inviter à la fête « … le fanatisme et la superstition ont disparu, la raison seule a des autels. Vous avez décrété que la ci-devant église métropolitaine de Paris serait désormais consacrée à la Raison. Nous y célèbrerons une fête en l’honneur de cette divinité ».

Il est à noter que la Convention ne décida de se joindre à la cérémonie qu’au moment où celle-ci se terminait. Chaumette, arrivant dans la salle des séances, accompagné de la déesse, et entouré du cortège des jeunes filles et citoyens déjà évoqué, déclara : « Citoyens, le Peuple vient de faire un sacrifice à la Raison, dans la ci-devant église métropolitaine Il vient en offrir un autre dans le sanctuaire de la loi », puis « le fanatisme a lâché prise … il s’est enfui. Nous nous sommes emparé des temples qu’il nous abandonnait, Nous les avons régénérés (3) … un seul vœu, un seul cri s’est fait entendre de toutes parts. Le peuple a dit, plus de prêtres, plus d’autres dieux que ceux que la nature nous offre ». Et tout le monde de reprendre le chemin de Notre Dame (ou plutôt du « temple que vous venez de consacrer à cette déesse »comme le disait Laloi, président de la Convention), en chantant l’hymne à la Raison de Chénier, qui célébrait l’établissement, ou plus justement le rétablissement d’un culte Descends, O Liberté, fille de la Nature ! Ses mains relèvent ton autel

LA FETE DE L’ETRE SUPREME

Cette fête ayant été déjà étudiée dans un précédent bulletin, nous ne reviendrons pas sur son déroulement. Nous nous en tiendrons au fond. Fondamentalement, cette fête peut être vue comme un retour à un strict monothéisme (4). Cependant, il est intéressant de noter l’abondance, voire la surabondance des références antiques dans le discours prononcé ce jour là par l’Incorruptible. Il y parle de Sparte « qui brille comme un éclair dans une nuit éternelle », de Brutus « que la postérité ne permet que dans l’histoire antique », enfin en un mot de la grandeur de l’antiquité et « de la barbarie et de la corruption qui depuis cette époque ont envahi le monde ». Il précise même que l’Etre Suprême a décrété la République dès l’origine des temps et fait sa principale occupation de détrôner les rois, comme Jupiter de foudroyer les titans. Son Etre Suprême ne veut ni temples, ni prêtres, ni encens ; il n’est pas le dieu des chrétiens, mais le dieu de la pensée. Robespierre, afin de matérialiser ce dieu évanescent, et finalement très abstrait, le rattache à des valeurs morales. L’article 2 du décret précise que « le culte digne de l’Etre Suprême est la pratique des devoirs de l’Homme », ces devoirs étant précisés dans l’article 3 (détestation de la tyrannie, secours aux malheureux, défense des opprimés …). Pour rappeler régulièrement les citoyens « à la pensée de la divinité et à la dignité de son être », des fêtes décadaires ponctueront le calendrier républicain.

Il est intéressant de s’attarder quelque peu sur ces fêtes (5). En effet, elles correspondaient à des âges de la vie (la jeunesse, l’âge viril, la vieillesse), des vertus (vérité, justice, pudeur, amitié), des travaux (agriculture, industrie), des sentiments (l’amour, l’amour filial), aux ancêtres (les aïeux).

Or, les grecs et les romains avaient de même placé ces notions abstraites dans des fêtes, par le biais notamment des divinités inférieures (dii minuti) qui les matérialisaient. Ainsi, si l’on prend un grand nombre des thèmes célébrés dans l’article 7 du décret de Robespierre, il est possible de faire un parallèle avec ces divinités antiques, dont voici une liste non exhaustive :

- A la Liberté : Libertas
- A la Pudeur : Pudicita
- A l’Amitié : Concordia
- Au Courage : Virtus
- A la Bonne Foi : Fides
- A l’Amour : Venus
- A l’Amour conjugal : Juno Pronuba
- A l’Enfance : le dieu Vaginatus et la déesse Cunina
- A la Jeunesse : Juventas
- A l’âge viril : Hercule
- A la Vieillesse : Saturne
- A l’Agriculture : Cérès
- A l’Industrie : Fortis Fortuna
- A nos aïeux : les Mânes avec les fêtes Feralia et Lemuria
- Au Bonheur : Felicitas etc ...

On peut aussi rapprocher la célébration de la fondation de la République du Regifugium, celle de la Nature de celles d’Ops ou Rhea, les célébrations des victoires de la fête de Jupiter Victor, etc... Quelle conclusion peut-on tirer de ces rapprochements ? S’il est évident qu’il ne s’agit pas de dire que la mythologie romaine a inspiré directement la liste de Mathieu-Robespierre, il est aussi impossible de n’y voir aucun parallèle. Cette similitude vient du fait que les Romains, en parallèle de la mythologie des grands dieux anthropomorphes largement empruntée aux grecs, pratiquaient une religion qui voyait en tout humain, en tout acte, une dimension divine à célébrer dans le cadre des grandes aspirations de liberté et de vertu qui animaient la Rome primitive

Comme le soulignait George Dumezil, « Rome a eu sa mythologie … Seulement elle n’a jamais été fantasmagorique ni cosmique : elle a été nationale et historique. Tandis que la Grèce et l’Inde développaient en images grandioses ce qu’elles croyaient avoir été la genèse et les temps du monde, les chaos et les créations, l’œuvre et les aventures des dieux organisateurs du "Tout", Rome a prétendu simplement retracer, avec la simplicité de procès-verbaux, ses propres débuts et ses propres périodes, sa fondation et ses progrès, l’œuvre et les aventures des rois qui, croyait-elle, l’avaient successivement formée … (ces récits) n’en remplissaient pas moins le même rôle que, chez les Grecs et les Indiens, les récits prodigieux : ils justifiaient, ils authentifiaient les rituels, les lois, les mœurs et toutes les composantes de la société romaine, du caractère et de l’idéal romains ; ils distrayaient aussi les fils de la louve (et il ne faut pas négliger ce service des mythes), tout en les confirmant dans leur estime d’eux-mêmes et dans une belle confiance en leurs destins » (6)

Le Culte de l’Etre Suprême et celui des martyrs de la Révolution (Marat, Le Peletier, Chalier, Bara, Viala) procèdent de cette même logique. C’est là ce qui, d’après moi, rapproche la religion de Robespierre et celle de la Rome républicaine dans laquelle il a été baigné toute son adolescence ; Pour lui, l’important dans le culte divin, ce ne sont pas les histoires de dieux ou de prophètes, ou la récitation de prières, mais l’Amour de la Patrie et de la République et la « pratique des devoirs de l’homme », qui permettent seuls la construction d’une société nouvelle et juste où « toutes les âmes s’agrandiront »

LA RELIGION REPUBLICAINE SOUS LE DIRECTOIRE

Curieusement, la notion d’Etre Suprême et les fêtes établies par Robespierre, qui correspondaient à une des parties les plus personnelles et intimes de son action politique, furent un des héritages les plus directs que conserva le Directoire, régime pourtant établi par ses ennemis les plus acharnés (7).

Quelques semaines avant le 9 thermidor, le très modéré Boissy d’Anglas avait publié un « essai sur les fêtes nationales », dans lequel il comparait Robespierre parlant de l’Etre Suprême à Orphée enseignant aux hommes les premiers principes de la civilisation et de la morale. Il y précisait que Rome et la Grèce « avaient créé une religion brillante, où tout était animé et en action … la religion des anciens fut toujours politique et nationale ... Bacchus et Cérès étaient tour à tour honorés aux époques où leur riche faveur se distribuaient aux humains. Il y aura donc une fête pour la clôture de la vendange, comme pour celle de la moisson, au chef lieu de chaque commune … Ici, des pipeaux rustiques inviteront à la danse les jeunes garçon et les jeunes filles ; là, d’autres jeunes gens s’exerceront à la course, à la lutte … ».

On eut pu voir là une œuvre de circonstance, mais Boissy insista après thermidor et, en ventôse an 3, déclara à la tribune de la Convention « c’est par vos fêtes que vous consommerez avec certitude la révolution commencée par la philosophie … Bientôt, la religion de Socrate, de Marc Aurèle et de Cicéron sera la religion du monde, et vous aurez la gloire d’avoir eu à cet égard l’initiative de la sagesse ».

De fait, le Directoire poursuivit cette voie ; Les grandes églises de Paris furent débaptisées (8). C’est dans ces Temples nouveaux qu’étaient célébrées les fêtes civiques organisées par le Directoire (9). Un des principaux soutiens des fêtes décadaires était François de Neufchâteau, ministre de l’Intérieur et membre du Directoire, dont on a vu en début d’article l’admiration qu’il portait à la religion antique. C’est donc sans surprise que l’on peut constater l’influence importante des cérémonies païennes anciennes sur ces fêtes.

La fête de l’Agriculture, du 10 messidor an 4, est exemplaire. Elle est non seulement influencée par les cérémonies gréco-romaines (ou du moins l’image qu’on s’en faisait), mais elle les imite, voire les singe, comme le montre le compte rendu du très officiel Moniteur : « Un char décoré de tous les produits de la terre … s’avançait vers un temple de verdure qu’on avait érigé à Cybèle, au milieu du grand carré des Champs Elysées. Le char était traîné par six bœufs ornés de guirlandes, de bandelettes, d’étoiles ; les cornes des bœufs et leurs sabots étaient dorés. La forme antique de ce char, les groupes de laboureurs … représentaient ces anciennes fêtes que le fertile Phrygie célébrait en l’honneur de la déesse des moissons, au pied du Mont Ida. Le char de Bacchus, orné de fruits et de pampres, prêtaient aussi à l’illusion ; l’enfant assis sur le tonneau représentait le jeune dieu revenant vainqueur du Gange lorsque, las d’effrayer les humains, il vint leur enseigner l’art de cultiver la vigne … les fermières, meunières, boulangères, laboureurs, ont déposé sur le stylobate du temple les instruments de leur état et les prémices des biens de la terre ». (Cf Bulletin n° 29 « La Fête de l’Agriculture » - Dominique Rondelot) En parallèle, le Directeur Laréveillère-Lépeaux essaya de soutenir un culte civique, la Théophilantropie, à qui il attribua nombre d’églises à Paris, dont Saint Mery. Le 11 février 1798, il lui donna même la communauté de jouissance de Notre Dame de Paris conjointement au culte Constitutionnel.

Ce culte, basé sur les lois naturelles, la conscience du bien et du mal, les devoirs de l’homme envers ses concitoyens et la patrie, finalement proche des idées de Robespierre (10), n’arriva cependant jamais à s’établir vraiment (11), avant de disparaître par un arrêté des consuls du 12 vendémiaire an 10.

Le 15 juillet 1801, Bonaparte, en signant le Concordat avec Pie VII, acte complété par la loi du 28 germinal an 10 sur les cultes, allait mettre un frein définitif aux cultes révolutionnaires. La religion polythéiste et humaniste antique n’avait plus lieu d’être invoquée, car le nouveau maître de la France ne s’intéressait à la Rome ancienne que pour le centralisme impérial et la soldatesque césarienne. Sous cette double influence, il allait faire peser le joug de la dictature sur la France, et désoler l’Europe par des guerres incessantes menées pour sa seule gloire.

UN PERSONNAGE CURIEUX : QUINTUS AUCLER

Il me semble intéressant, en évoquant l’influence de la mythologie romaine sur la religion révolutionnaire, de parler d’un étrange personnage nommé Quintus Aucler et de son étrange doctrine, évoqués par Gérard de Nerval dans son ouvrage « Les Illuminés » en 1851.

Gabriel-André Aucler était avocat au début de la Révolution. Sa formation l’avait, comme bien d’autres, rempli d’admiration pour les civilisations romaine et grecque. Alors que ses anciens confrères utilisèrent ces références dans l’ordre politique, il se concentra pour sa parti sur l’ordre religieux.

Persuadé de descendre d’une famille sacerdotale romaine, il commença par changer son nom en Quintus Nautius, prit un costume néo-romain semblable à la robe du « flamen dialis » ou grand prêtre de Jupiter, et se mit à célébrer dans sa maison des cérémonies mystérieuses en l’honneur des dieux de l’Olympe.

En 1799, il fit paraître un ouvrage résumant sa théorie, intitulé « La thréicie, ou la seule voie des sciences divines et humaines, du culte vrai et de la morale » (12)

Il y attaquait le monothéisme, « O fourberie ! ô imposture ! ô zélotypie abominable qui a fait le malheur du monde ». Il en faisait le responsable de la chute de la civilisation antique « quels exploits voit on faire aux chrétiens ? Dès qu’ils ont un peu de tolérance ou qu’ils sont en force, ils insultent le culte public ; ils en renversent les monuments ; ils incendies les temples513. De là le triomphe des barbares et les ténèbres de l’ignorance répandues sur la terre, pendant quinze cents ans » (13). Sa conclusion en est la suivante : « Peuples de l’Europe, il ne vous reste qu’un moyen de vous régénérer, c’est de revenir au Polythéisme. D’une part, le polythéisme est la religion de vos aïeux, et la seule vraie dans son essence ; d’autre part, c’est du sein de cette religion que sont sortis les plus grands Peuples du monde, les plus grands hommes et les plus grandes choses … Français et Belges, races gauloises et celtiques, vous vous êtes débarrassés enfin du culte où s’étaient rattachés les barbares … La chaîne éternelle qui lie notre monde aux pieds de Jupiter n’est point rompue, mais obscurcie à vos regards par les nuées de l’ignorance »

Pas plus que la théophilantropie, notre nouveau Pontifex Maximus n’eut un réel succès, bien que Gérard de Nerval lui prête une influence sur des théosophes comme Dupont de Nemours ou Sénancourt.

Daniel SOMOGYI

(1) Concernant les sections de Paris, Henri Guillemin, dans ses excellentes émissions radiophoniques, reprenant les travaux d’Albert Soboul, a souligné que leurs délibérations ne mentionnent pas d’attaques antireligieuses avant l’offensive des enragés. De même Monseigneur Jaume, boussole de la réaction cléricale au milieu du 19e siècle et grand pourfendeur des idées et des hommes de l’an 2, a pourtant décrit la période révolutionnaire comme une ère de régénération religieuse, certes païenne et antichrétienne, mais en aucun cas dominée par l’athéisme.

(2) Comme l’a précisé plusieurs fois Michel Onfray dans les cours de l’Université Populaire de Caen, l’athéisme n’existe chez aucun des philosophes antiques, même chez les plus matérialistes comme Epicure. (3) Il s’agit donc bien d’un changement de culte, non d’une désaffectation sacrée du lieu

(4) Notons cependant que la difficulté d’appréhension de la notion très abstraite d’Etre Suprême fit que, pour certains contemporains, l’Etre Suprême était une entité à part s’ajoutant à celle de l’ancien dieu chrétien. Ainsi, dans une lettre inédite du 5 thermidor an 3, voit-on une certaine citoyenne Testu de Valencienne, écrire à un citoyen de la Section du Théâtre à Paris « S’il vous plait, vous ouvririez le ciel en me rendant service, je vous demande en grâce au nom du Très Haut et de l’Etre Suprême … ».

(5) Rappelons que la liste de ces fêtes est l’œuvre du député Mathieu, qui fut reprise in extenso par Robespierre

(6) In « Horace et les Curiaces »

(7) « les thermidoriens n’ont pas abrogé les décrets et arrêtés qui ont donné naissance au culte révolutionnaire … A plusieurs reprises, la convention thermidorienne essaie de restaurer et de compléter l’organisation de fêtes décadaires commencée par le décret du 18 floréal » (Albert Mathiez)

(8) Saint Germain l’Auxerrois devint ainsi le Temple de la Reconnaissance, Saint Nicolas des Champs le Temple de l’Hymen, Saint Sulpice le Temple de la Victoire, Saint Gervais le Temple de la Jeunesse, Sainte Geneviève le Temple de la Raison

(9) Comme la fête de la fondation de la République, célébrée en l’an 4, dont le décret de création commençait ainsi : « Le Directoire Exécutif, considérant que chez les Romains, une des principales fêtes était celle de l’expulsion des Tarquins, etc … » (13 thermidor an 4)

(10) Le « Manuel des théophilanthropes » note, dans les hymnes à chanter lors des cérémonies, celui de Desorgues qui fut exécuté lors de la fête de l’Etre Suprême.

(11) Toujours Cynique, Barras avait dit à son collègue Laréveillère-Lépeaux : « Mon cher collègue, si tu veux que ta religion s’établisse, il faut, à l’exemple de Jésus, commencer par te faire pendre ».

(12) Ce titre est emprunté au surnom donné par Virgile à Orphée « Threicius Vates » (« le devin de Thrace » - traduction de notre amie Julie Ethioux)

(13) Il me semble à ce propos que l’histoire du vandalisme chrétien des 4e et 5e siècles, ainsi que des exactions perpétrées par les fanatiques de la religion de Jésus à cette époque, reste à écrire. L’exemple du massacre d’Hypathie ne saurait avoir été une exception.


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